Cinéma

«Kong: Skull Island», un gorille géant dans la brume

Le titan velu qui hante la civilisation occidentale revient faire un tour de piste dans un film d’aventures bourré de sales bêtes et mené à bon rythme

Dans les années 30, quand est sorti le King Kong de Cooper & Schoedsack, Tarzan régnait sur des royaumes inconnus au cœur de l’Afrique, Doc Savage visitait les civilisations infraterrestres et Lovecraft peuplait les îles du sud de divinités abominablement indicibles. Google Maps a invalidé ces terrae incognitae, forçant les nouvelles aventures du gorille géant à se replier sur le passé. En 1944, deux aviateurs, Américain et Japonais, se crashent sur une île inconnue. Ils rejouent Duel dans le Pacifique avant qu’un primate géant n’interrompe leurs bagarres.

Trente ans plus tard, Bill Randa (John Goodman), chercheur de monstres, lance une expédition sur ce monde où «le mythe avoisine la science». Il a à ses côtés des scientifiques, le guide James Conrad (Tom Hiddleston), une photographe (Brie Larson) et un commando héliporté placé sous le commandement du général Packard (Samuel L. Jackson).

C’est évidemment sans surprise que les spectateurs voient apparaître un anthropoïde gigantesque. L’icône de la culture populaire a bien grandi depuis ses débuts. Sa taille a décuplé pour avoisiner les 60 mètres. Les militaires l’ayant spontanément mitraillé, le primate dézingue à mains nues les quatorze hélicoptères! Les rescapés progressent à travers la végétation luxuriante de Skull Island. Ils rencontrent les autochtones, un peuple sage et taiseux, au milieu duquel vit un joyeux Robinson à barbe blanche, Hank Marlow (John C. Reilly), le pilote américain abattu en 44.

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Zéro pour l’érotisme

Le King Kong de 1933 relève de la psychanalyse. Le remake tourné par John Guillermin en 1976 se déroule sur une île singulièrement désertique où le gorille n’a qu’un boa à combattre. En 2005, Peter Jackson, libéré par la toute-puissance de l’imagerie générée par ordinateur, signe une relecture maousse du thème.

Devant l’objectif de Jordan Vogt-Roberts, la résurgence du mythe prend des libertés avec le canon. Le singe n’est plus emmené comme animal de cirque à New York. Pour la première fois, il survit. Faut-il y voir la marque d’une prise de conscience écologique? En revanche, l’érotisme, déjà aboli par Jackson, est définitivement dévalué. Oubliées Fay Wray, puis Jessica Lange, en tenue légère dans la patte velue du primate… Kong récupère la photographe dans l’eau comme on repêche une sauterelle.

Hautement fantaisiste, l’écosystème de Skull Island se caractérise par le gigantisme et l’archaïsme des espèces animales. D’hideux ptérodactyles à bec en dents de scie. Un buffle gigantesque vautré dans le marais. Le faucheux des bambouseraies se baladant sur ses pattes de dix mètres de haut… Contrairement aux apparences, Kong n’est pas la plus redoutable créature des lieux, plutôt un roi débonnaire, défendant ses sujets contre les attaques des vrais monstres, les «Skullcrawlers». Ces effroyables sauriens se caractérisent par leur tête blafarde, leur gueule garnie d’une triple rangée de crocs et leur langue protractile semblable à un fouet aux multiples lanières. Dépourvus de trains arrières, ces lézards vicelards se propulsent sur leurs membres antérieurs à l’instar des reptiles peuplant la planète désertique de Riddick.

Cœur des ténèbres

Inscrit dans les années 70, entre la fin de la guerre du Vietnam et le Watergate (une statuette de Nixon dodeline du chef dans l’hélico…), citant de prestigieuses références, comme Cœur des ténèbres, de Joseph Conrad, et Apocalypse Now, de Coppola, moins terne que le film de Guillermin, moins gras que celui de Jackson, Kong: Skull Island remplit son cahier des charges de manière honorable. Par la grâce de quelques excellents acteurs et d’une bande-son rassemblant les Stooges, Black Sabbath, David Bowie et Creedence Clearwater Revival avec l’incontournable «Run Through The Jungle».


** Kong: Skull Island, de Jordan Vogt-Roberts (Etats-Unis, Vietnam 2017), avec Tom Hiddleston, Samuel L. Jackson, Brie Larson, John C. Reilly, John Goodman, 1h58

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