Cinéma

«L'embarras du choix» et «Monsieur & Madame Adelman» prouvent que l'art de la comédie reste périlleux

Actuellement à l'affiche, les deux films français abordent le rire de manière diamétralement opposée

La comédie française populaire est un genre – et ce n'est un secret pour personne – rarement enthousiasmant. Qu'il est loin l'époque des Michel Audiard, des Bourvil-de Funès, où le grand public avait droit non pas à de navrantes pantalonnades, mais à des films respectant leur cahier des charges, à savoir faire rire avec intelligence.

Il y a bientôt dix ans, certains ont cru que Dany Boon allait réveiller une production moribonde. Las, l'après-«Bienvenue chez les Ch'tits» a prouvé que l'humoriste venu du Nord était aussi piètre comédien que scénariste et réalisateur. En marge de Pierre Salvadori, Cédric Klapisch et quelques autres, ils sont très rares les cinéastes capables de nous dérider autrement qu'en optant pour un humour trash et vulgaire.

La comédie, un art exigeant

Sortis la semaine dernière, deux longs-métrages prouvent une nouvelle fois que l'art de la comédie sera toujours plus exigeant que celui du drame, qu'une comédie ratée sera toujours plus désolante qu'un drame trop appuyé. Mois d'un an après le déjà peu glorieux «Retour chez ma mère», Eric Lavaine retrouve Alexandra Lamy pour «L'Embarras du choix». Un rôle sans envergure de plus pour une comédienne qui vaut mieux que les personnages nunuches qu'on lui propose régulièrement. Alexandra Lamy prête cette fois ses traits à Juliette, une quadra qui a un gros défaut, qu’elle traîne depuis l’enfance comme un boulet: elle ne sait pas prendre de décision, n’a aucun esprit d’initiative. Lorsqu’elle doit choisir entre A et B, au pire elle optera pour C.

Voilà que Juliette a deux Roméo, un ténébreux écossais de bonne famille et un jovial cuisinier auvergnat, comme son papa. Il y a dans ce scénario fort simple matière à comédie, c'est une certitude. Les triangles amoureux ont de tout temps donné de grands films. Certes, mais Eric Lavaine n’est ni Judd Apatow, ni Richard Curtis, encore moins Ernst Lubitsch. Son film enfonce un nombre record de portes ouvertes et s’avère au final embarrassant pour les comédiens, qui s’agitent sans provoquer le moindre rire.

Chronique de la vie conjugale

Sur le papier, on était guère optimiste à l'idée de découvrir avec «Monsieur & Madame Adelman» le premier film écrit, réalisé et interprété par Nicolas Bedos, qui en cosigne également la musique. On avait tort. Epaulé par sa compagne Doria Tillier, l'humoriste et chroniqueur y raconte quarante-cinq ans de la vie d'un couple explosif composé d'une féministe lettrée et d'un romancier à succès.

Loin du film égocentrique que l'on craignait, Bedos réussit une comédie leste – bien qu'un poil trop longue – à la structure narrative fort habile. Récit encadré, raconté en voix-off par Mme Adelman le jour des funérailles de son époux, l'histoire sera vite parasitée par la voix-off de Monsieur, permettant au réalisateur de jouer habilement sur l'opposition entre ce qui est narré et ce qui est montré.

«Monsieur & Madame Adelman» est une chronique de la vie conjugale vue sous le spectre de la création et des rapports de force intellectuels. Il y a dans le film du Woody Allen pour les dialogues ciselés et le rapport à la judéité, et un côté british pour un humour noir finement distillé. Dans le rôle du père réac de Monsieur, Pierre Arditi est brillant, comme Denis Podalydès dans celui de son psy, ce qui ne gâche rien.


L’Embarras du choix, d’Eric Lavaine (France, 2017), avec Alexandra Lamy, Arnaud Ducret, Jamie Bamber, 1h35.

Monsieur & Madame Adelman, de et avec Nicolas Bedos (France, 2017), avec Doria Tillier, Pierre Arditi, Deniy Podalydès, 2h.

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