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Grégoire Delacourt: «Quoiqu’il arrive, la vie est belle»

L’auteur de «La Liste de mes envies» est en tournée pour son nouveau roman «Au bord de l’abîme». Il raconte son chemin vers le succès

Au départ, une curiosité. A quoi ressemble un écrivain, comme Grégoire Delacourt, qui vend ses livres par centaine de milliers d’exemplaires? Depuis La Liste de mes envies (2012), succès phénoménal à l’échelle de l’édition française, au moins un million de livres vendus depuis sa parution, et adapté, depuis, au cinéma, il n’est pas de roman signé Grégoire Delacourt qui ne s’impose dans les listes des meilleures ventes.

Son dernier livre Danser au bord de l’abîme ne fait pas exception. Un tirage à plus de 100 000 exemplaires, une tournée des grands ducs médiatiques - Grandes librairies, On n’est pas couché, etc. - et la visite des librairies de France et de Navarre. C’est lors d’une escale à Genève, juste avant une dédicace à la librairie Payot, que nous avons croisé Grégoire Delacourt: «J’aime bien rencontrer les lecteurs, dit-il. Ça prend beaucoup de temps, beaucoup d’énergie vitale, mais on reçoit énormément.»

On se dit qu’un écrivain à succès, comme lui, va se présenter sapé comme un lord. Pas du tout. Pour rencontrer ses lecteurs et surtout les lectrices, amoureuses de ses romances contemporaines, le romancier se présente en converses, humour en bandoulière, léger accent du Nord au coin des lèvres. L’argent? Il rentre bien sûr - ses livres ont pris le pas sur la publicité qui souffre de la crise (il est toujours, avec son épouse, à la tête d’une petite agence), explique-t-il - mais en matière sonnante et trébuchante, Grégoire Delacourt est pudique: «J’ai une grosse tournée en France, dit-il, parce que le livre marche un petit peu… Je fais beaucoup de litotes pour parler de chiffres, s'excuse-t-il, je n’aime pas beaucoup ça.»

Publicitaire

Pourtant, Grégoire Delacourt est un homme habitué à réussir. Sa première vie de publicitaire a été couronnée par trois Lions d’or, les palmes de la profession. Pendant les belles années 80 et 90 de la pub inventive, il a écrit des slogans et des films salués par la profession. Mais en 2004 - le 5 janvier, à l’âge de 44 ans, précise-t-il - il s’est fait «virer en six minutes» de l’agence où il exerçait: «un changement de direction, Londres voulait reprendre le contrôle sur Paris».

Une rupture qui lui servira sans doute plus tard, lorsqu’il décidera, en 2009, de passer du slogan au roman. Ses livres sont truffés de coups de théâtre qui font bifurquer la vie des personnages: coup de foudre, maladies, décès subit, victoire au loto, rupture, violences familiales. Mais les racines de ses histoires plongent aussi dans ce Nord où il est né en 1960, à Valenciennes, dans une famille dont les parents ne s’aimaient pas: «Ils se battaient. Mais pas physiquement: ils cassaient des mots. J’ai raconté ça dans L’Ecrivain de la famille. Je leur ai dit, si vous continuez, je pars en pension. Ils m’ont pris au mot. J’avais dix ans, je suis parti pour Amiens.» Son père glisse dans sa valise, la trilogie de Pagnol, César, Marius et Fanny: «Une révélation. C’était très facile à lire et Pagnol racontait l’histoire d’une famille qui s’aimait et qui se le disait. Je me suis dit: c’est incroyable, les livres!»

Gourmandise

«Les livres, les mots m’ont plu. Les mots sont gratuits. On a tous les mêmes. Les mêmes que Proust, Flaubert ou Houellebecq. Après, c’est l'ordre dans lesquels on les met...» Toute la question est là, en effet. La sensualité des mots, Grégoire Delacourt y est sensible, indéniablement, même s’il est tenté par les clichés. Il y a dans ses textes, une gourmandise, un rapport charnel aux bonnes choses de la vie, l’amour, la nourriture, le vin, la musique, qui témoigne de cet enchantement des mots. Pas facile d’ailleurs, note-t-il, de ne pas en abuser: «Les mots sont pervers, ils poussent à la fin des phrases, et encore un et encore un. Au début, je mettais beaucoup trop d’adjectifs. J’ai appris de la pub à enlever ce qui dépasse.»

Ces mots, ces «phrases qui claquent», son sens de la formule - ces bons mots qui s’accumulent de page en page - Grégoire Delacourt les met au service d’histoires réparatrices, réconfortantes, dont il espère qu’elles toucheront ses lecteurs: «Ce que j’essaye de dire à mes lecteurs dans ce livre et dans les autres, c’est que, quoiqu'il arrive, la vie est belle.»

Cette foi dans l’instant présent, cet hédonisme prêché à chacun, sa sincérité font mouche. Son succès ne va pas sans rappeler celui des manuels de développements personnels. Oui, nous dit Grégoire Delacourt, soudain, dans la rue, un inconnu peut vous offrir des fleurs ou bien tomber amoureux de vous,silencieusement et follement, depuis la table d’à côté, au café. Oui, toute votre vie peut changer.

Simplicité

Et ce message réconfortant il le transmet à tous. Ses personnages vivent en Province - ils ont le Nord pour décor - «Le Nord, je connais, je n’ai pas à faire un effort d’imagination trop compliqué - je suis un flemmard, vous savez - et puis les gens s’identifient d’avantage à la Province». Ses personnages font de petits métiers: vendeuse, marchand de voitures, assureur, mercière. «La profession de mes personnages est plus importante pour moi que leur apparence. C’est aussi une manière de rester dans le réel.»

Comment explique-t-il son succès auprès des lecteurs? «Je crois que ça correspond à une attente inconsciente des gens. Beaucoup de lecteurs m’ont dit: vous parlez de moi, de ma vie et je comprends que je peux être heureux, là, maintenant, avec ce que j’ai.» Une simplicité désarmante.

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