Cinéma

«Trading Paradise» ou le vrai coût des matières premières

En Amérique latine, en Afrique, ce documentaire montre les ravages exercés sur la nature et les populations par des sociétés basées en Suisse

Un quart des matières premières échangées dans le monde le serait par des sociétés basées en Suisse, réputées pour leur mépris des politiques environnementales en vigueur dans les pays d’extraction et jouissant d’arrangements fiscaux à Zoug et à Genève. De la Zambie au Pérou, Trading Paradise recense les atteintes portées à la nature et à la santé par ces multinationales, éternelle et décourageante litanie de paysages éventrés, de rivières contaminées, de mortalité infantile, de complications pulmonaires, de prolifération des cancers, de malformations des fœtus, de délégués syndicaux menacés de mort…

En Zambie, un paysan montre son champ brûlé par les émanations d’acide sulfurique. Au Pérou, la police réprime brutalement des manifestations. Au Brésil, des Indiens se souviennent de l’époque où ils étaient seuls à marcher sur la Terre et constatent, accablés, que «la forêt est vide, il n’y plus de nourriture». Ce désastre globalisé fait le bonheur des actionnaires des sociétés Glencore et Vale ­ – Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, a décerné à la seconde le prix de la honte qui désigne la pire des entreprises internationales.

«Caisse de dynamite»

Né à Genève, en 1959, Daniel Schweizer n’est pas un styliste, mais un révolté, un combattant, l’héritier d’un cinéma engagé tel qu’il se pratiquait quand la politique ne mangeait pas dans la main de la finance. Il a promené sa caméra chez les fachos à poil ras (Skinhead Attitude, Skin or Die), il a dénoncé les dessous du marché de l’or (Dirty Paradise, Dirty Gold War). Caméra au poing, il arpente le monde, essuie les rebuffades des nantis, subit les intimidations des vigiles et donne la parole aux laissés pour compte de l’opulence.

Selon Dick Marty, la Suisse est «assise sur une caisse de dynamite». L’ancien Conseiller aux Etats observe une dynamique semblable à celles des avoirs en déshérence, de l’affaire Swissair, de l’affaire UBS, du secret bancaire. Les signes avant-coureurs de ces calamités n’avaient pas été pris en considération. Le négoce des matières prochaines ou «malédiction des ressources» sera probablement le prochain scandale international entachant la Suisse.

Ceux qui auront vu Trading Paradise ne seront pas surpris. En attendant ils méditeront sur l’insoluble conflit entre le respect des droits humains et la maximisation du profit. Ils se poseront les éternelles questions: a-t-on davantage besoin de cash ou de lait? De luxe ou de maïs? D’or ou d’eau? De smartphones ou d’oiseaux volant dans le ciel?


** Trading Paradise, de Daniel Schweizer (Suisse, 2016), 1h18

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