Enfant

Eloge de la persévérance

Un escargot méritant et un enfant obstiné. Deux récits où l’humour a son rôle à jouer

Comment dire aux tout-petits, qui vivent dans l’immédiateté absolue, le passage du temps? Peut-être en le leur faisant ressentir, en l’associant à des mots et des images qui, par leur enchaînement, illustreront cette expérience.

C’est le principe de toute lecture, me direz-vous. Certes, mais ici Rascal, en narrateur virtuose, joue de des codes habituels: dans un décor totalement épuré – sur le blanc des pages se découpent, en noir, ici la silhouette d’un tronc, là une partie de maison, ailleurs une pelle, un arrosoir, un mur – il place un escargot rouge et… un mot. Un unique mot par double page.

Une fin synonyme de recommencement

Le langage se fait plus lent encore que l’avancée du petit colimaçon, le récit démarre à peine que le livre s’achève déjà, mais cette fin est aussi un recommencement car ne reconnaît-on pas les mêmes rochers qu’au tout début? Sisyphe n’est pas loin…

Le regard d’adulte proposé ici ne doit en aucun cas masquer tout l’humour qui se dégage de cette lecture, la délicieuse patience requise au moment de l’énonciation, le bonheur des découvertes visuelles: tiens, le temps qui passe semble s’incarner aussi dans le temps qu’il fait, les saisons.

Et si ce livre excessivement simple au premier abord demandait une seconde lecture, une troisième?


Rascal, «Petit escargot rouge», Pastel. Dès 2 ans.


Petit gars

La couverture interpelle: quelle est cette créature étrange, qui semble avoir plusieurs pattes et un drôle de couvre-chef? Puis l’œil comprend: les pattes multiples ne sont qu’au nombre de deux, mais qui se débattent et s’agitent fort, et le bonnet est… un pull, coincé sur la tête d’un garçonnet, et cela pendant une bonne partie du livre!

Voici un album très drôle, dans lequel les jeunes enfants se reconnaîtront avec délice: lorsque l’amour-propre se double de la volonté absolue de se débrouiller seul, les situations peuvent durer longtemps… et parfois même empirer.

Encouragement à l’autonomie

Le petit gars qui ne peut se dégager de son T-shirt imagine sa vie future: comment manger, boire, travailler dans ces conditions? Les dessins suggèrent des solutions toutes plus drôles les unes que les autres, tandis que le texte, raconté à la première personne, ne se départit pas de son sérieux et de son pragmatisme.

Un encouragement doucement ironique à l’autonomie, une succession de saynètes domestiques savoureuses, croquées avec tendresse par l’auteur illustrateur japonais Shinsuke Yoshitake, familier de l’exercice.


Shinsuke Yoshitake, «Oh, hé, ma tête!», Kaléidoscope. Dès 3 ans.

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