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Les illuminations de Carson McCullers

Quelques jours avant sa mort, la romancière américaine a témoigné, dans un récit vibrant, de son engagement pour la littérature

En dépit de… C’est le titre de l’essai sur lequel travaillait Carson McCullers à la fin de sa vie, fascinée qu’elle était par les artistes créant dans l’adversité: le corps de Frida Kahlo, la censure de James Joyce, les déboires de Francis S. Fitzgerald. La romancière avait-elle prévu sa propre entrée dans ce dictionnaire héroïque?

Née en 1917 dans le Sud des Etats-Unis, plébiscitée à 23 ans pour son premier roman, «Le Cœur est un chasseur solitaire», elle meurt à 50 des suites d’une maladie qui rongea toute son existence. C’est pourtant ses passions qu’elle convoque dans ses mémoires inachevées. Courageusement dicté à ses secrétaires et amis, ce texte court est tout entier tendu vers les deux flammes de sa vie: le travail et l’amour.

Eclairs de grâce

Inutile de tutoyer l’œuvre de Carson McCullers pour être bouleversé par son parcours, la fabrique de ses romans et les contraintes du génie. Son écriture, conditionnée par ce qu’elle nomme ses «illuminations», rares éclairs de grâce au cours desquels se révélaient ses personnages inconsolables et marginaux, était aussi nourrie de la fréquentation de ses amis. Karen Blixen, Richard Wright, Tennessee Williams, et Annemarie Schwarzenbach, son astre noir et tourmenté.

Ce témoignage, publié bien après la mort de Carson McCullers en même temps que la correspondance qu’elle entretenait pendant la Seconde guerre mondiale avec son mari, aspirant écrivain et buveur chevronné, confirme la portée d’un destin contrarié, et chevillé aux affres d’une époque, entre ségrégation raciale et mobilisation.


Carson McCullers, «Illuminations et Nuits blanches», traduit de l’anglais par Jacques Tournier, 10/18, 288 p.

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