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Maïakovski découvre l’Amérique

Le témoignage critique et fasciné d’un poète génial

En 1925, Vladimir Maïakovski traverse l’Atlantique, en passant par Cuba et le Mexique. Il est invité par des organisations russes, juives, communistes, à donner des conférences aux Etats-Unis. A son retour, il publie dans la presse de courts récits, très éloignés des audaces de sa poésie. Colum Mc Cann le note bien dans sa préface: il y a de la fascination pour la technique dans son approche – un poème célèbre sur le pont de Brooklyn en témoigne par ailleurs – mais elle est tempérée par l’esprit critique et l’ironie:

«Aucun pays ne profère autant d’âneries moralisatrices, arrogantes, idéalistes et hypocrites que les Etats-Unis.» Sur le bateau, déjà, la répartition de l’humanité en trois classes lui offre l’occasion de réflexions savoureuses sur la vieille Europe et l’émigration. Au Mexique, l’aspect des Indiens misérables ne correspond pas à ses rêves de gamin. Reçu par le tonitruant Diego Rivera, il comprend vite que ce pays attachant est colonisé par le voisin du Nord.

Un excellent conteur

Maïakovski est un excellent conteur, il a le sens du détail: l’entrée aux Etats-Unis est un grand moment de comique bureaucratique. A New York, la beauté futuriste de l’acier combiné au verre et au béton le laisse dans un état de sidération, il ne se lasse pas du réseau des lignes ferroviaires qui se croisent dans un enchevêtrement de ponts et d’ascenseurs, produisant un fracas ininterrompu, transportant des centaines de milliers de travailleurs affairés. On pense à l’émerveillement de Cendrars.

Une critique encore largement justifiée

Mais l’esprit critique reprend vite le dessus: il voit la ghettoïsation des étrangers, la ségrégation raciale, l’exploitation des ouvriers, la surproduction, l’endettement. La Grande Dépression de 1929 lui donnera raison. Suicide ou accident stupide, Maïakovski meurt en 1930, et ne commentera pas la crise. Mais «qui contesterait que sa critique des Etats-Unis est encore largement justifiée de nos jours – et peut-être est-ce plus vrai aujourd’hui, au vu des événements de ces dernières années», écrit Colum Mc Cann en 2005. En effet, que dirait le poète russe en 2017?


Vladimir Maïakovski, «Ma découverte de l’Amérique», préface de Colum Mc Cann, trad. de Laurence Foulon, éditions du Sonneur, 152 p.

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