Livres

Un roman qui joue aux cow-boys et aux Indiens et découvre un nouveau monde

Jérémie Gindre invente Donald, un jeune garçon passionné de géographie et d’histoire dans l’ouest du Canada. «Pas d’éclairs sans tonnerre» est le récit d’une enfance, de découvertes et d’abandons

«Pas d’éclairs sans tonnerre», tel est le titre du roman de Jérémie Gindre, né à Genève en 1978, auteur de «On a eu du mal» (L’Olivier, 2013) qui vient de paraître aux éditions Zoé. «Pas d’éclairs sans tonnerre», «pas de fumée sans feu», dit un dicton parallèle. Et justement, du feu il y en a dans ce roman, et sa fumée enveloppe tout le récit de l’enfance et de l’adolescence de Donald, un jeune Canadien qui vit avec ses parents, fermiers, dans la vallée de la rivière Frenchman: car le livre s’ouvre sur l’image, purement descriptive, d’une maison jaune, d’une ferme en train de brûler, sans qu’on ne puisse rien y faire.

Il faudra que Donald grandisse, parte de chez lui, devienne adulte pour que le lecteur comprenne ce qui s’est passé, pourquoi cette ferme brûle, pourquoi les cloches qui sonnent à la volée sont importantes et comment le chat de la maison a pu échapper aux flammes.

Aventurier

En attendant, Donald est ce jeune garçon singulier, introverti, concentré, qui se tient un peu en retrait de ses camarades, mais curieux de tout de qui l’entoure, habité par des passions d’explorateur. S’il a des mentors, ce sont ses grands-parents, conservateurs du musée local dont ils sont aussi les fondateurs, où ils ont regroupé et accueillent des curiosités naturelles et historiques de ce coin du Saskatchewan.

Donald est un aventurier. Il ne se contente pas de ratisser presque méthodiquement le territoire qui l’entoure, qu’il parcourt sur son vélo, à pied, en canoë parfois, il remonte, grâce à ses trouvailles, à travers les âges. L’enfant possède une sorte de conscience archéologique, paléontologique même qui stimule ses pérégrinations. Tout os devient un trésor, toute pierre un signe, tout pétroglyphe, un langage. Décrypter le monde Donald s’y voue corps et âme. Il intrigue, ment au besoin, et entraîne son cousin Andrew dans ses fugues scientifiques.

Fugue archéologique

Ainsi les deux garçons s’embarquent-ils dans une expédition clandestine vers le parc national de Writing-on-Stone, monument minéral où les tribus indiennes locales ont gravé dans la pierre la mémoire de leurs batailles et de leurs chasses. C’est le point culminant du livre, un moment de liberté et de découverte où l’on songe pêle-mêle aux dérives de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn, à «Deux ans de vacances» de Jules Verne ou à «Ma famille et autres animaux» («Fééries dans l’île») de Gerald Durrell.

Gérémie Gindre qui est à la fois écrivain et artiste plasticien adopte un point de vue très neutre, presque scientifique pour décrire la façon dont Donald s’affaire. Il suit pas à pas le jeune garçon, caméra sur l’épaule dirait-on, enregistrant sans proposer d’interprétation les faits et gestes de l’enfant, de l’adolescent, puis du jeune adulte devenu étudiant en archéologie. Pourtant, en toile de fond, la famille de Donald ne va pas très bien. Sa mère et son père ne cessent de se disputer; sa tante se retrouve seule; ses grands-parents décèdent. Les orages émotionnels éclatent, mais le narrateur n’en enregistre que les traces lumineuses.

Collection de curiosités

Cet attachement presque scientifique aux choses confère un charme singulier au roman. Il peut dérouter, et il le fait au début, mais rapidement il séduit et entraîne. Comme Donald on se met à parcourir en posant ses piquets, en le quadrillant, la truelle à la main, l’univers de papier qui se déploie sous nos yeux. Les sites archéologiques, les musées jouent un rôle important dans ce livre. Ce n’est pas par hasard, car le récit a des allures de collection paradigmatique.

Une idée du Saskatchewan, puis une autre, puis un type de paysage et un autre, un ciel bleu, tempétueux, orageux, des pétroglyphes, des rivières, des champs de blé, des ranchs, des chapeaux de cow-boys, des bisons, des Indiens, un arc, des flèches, un carquois, toute une panoplie à la Davy Crockett. La fiction ici, est aussi un décor rêvé, un déguisement, un jeu, un bonheur à la fois factice et très profond pour le jeune héros de papier, pour l’écrivain, pour le lecteur, tous lancés à la découverte d’un monde.


Jérémie Gindre, «Pas d’éclairs sans tonnerre», Zoé, 240 p.

Publicité