Cinéma

«Life: Origine inconnue»: Attention! Martien méchant

Un échinoderme martien s’invite à bord d’une station spatiale comptant six membres d’équipage. Il a faim. Comptez les morts…

Alien (1979) commence tout en douceur avec des plans sur les coursives du vaisseau spatial assoupi et les membres d’équipage en hypersommeil. Life: Origine inconnue prend le contre-pied de cette introduction adagio en installant d’emblée un climat panique. Des débris endommagent une capsule en provenance de Mars et c’est le branle-bas de combat. Les six cosmonautes s’agitent dans tous les sens pour récupérer l’engin au cours d’une séquence évoquant aussi bien Seul sur Mars que Gravity. Mais c’est bel et bien du côté d’Alien et de The Thing que se situent les références de ce slasher orbital.

Dans les sables ramenés par la capsule, le biologiste de bord repère un organisme unicellulaire inerte. Le microscope révèle une espèce de pois mangetout diaphane et cilié. Un bouillon de culture riche en glucose ramène le microbe à la vie. C’est la première preuve tangible d’une vie extraterrestre. Un grand pas pour l’humanité! La liesse! Sur terre, les enfants des écoles sont consultés pour donner un nom à l’entité. Le collège Calvin ayant gagné le concours, le Martien rudimentaire se retrouve affublé d’un nom de réformateur.

Calvin carnivore

Sa structure épate le biologiste, car chaque cellule est à la fois musculaire, nerveuse et photosensible. L’animalcule développe des protomembres, ténus comme un germe de blé, une pousse dicotylédone qui caresse l’index de son cultivateur. En croissant, il prend la forme d’une étoile de mer translucide délicatement veinée de rose, comme les pétales d’un magnolia de silicone.

Le jour où le chercheur la stimule avec un peu d’électricité, la bestiole lui brise le bras et s’échappe du local de confinement. Un mécanicien se retrouve piégé avec elle. Ne parvenant ni à l’écrabouiller, ni à la cramer, il lui sert de premier repas complet. Dans un clin d’œil à l’ingestion de pieuvre vivante filmée par Park Chan-wok dans Old Boy, la chose se glisse dans l’œsophage de malheureux et le dévore de l’intérieur. Poésie gore exacerbée avec des girandoles de sang déployées en apesanteur.

Affamé de protéines, Calvin galope de tous ses pseudopodes dans les couloirs et les conduits d’aération, se faufile dans les interstices les plus ténus, bondit comme un ressort. «Cessez de l’appeler Calvin», s’exaspère un membre d’équipage, retirant au prédateur martien ce nom qui l’humanise.

Profil de cobra

Life: Origine inconnue opte pour le réalisme. La Station Spatiale Internationale a été minutieusement reconstituée à partir d’éléments scientifiques exacts fournis par la NASA, incluant même un prototype de machine à café susceptible de fonctionner en apesanteur… Récusant les fonds verts et l’imagerie de synthèse, le réalisateur a filmé les comédiens suspendus à des câbles. L’humour ne manque pas (le scénario est de Rhett Reese et Paul Wernick, les auteurs de Deadpool). Quelques illogismes entachent le récit: pourquoi les astronautes ne contactent-ils pas la terre pour chercher de l’aide dans leur combat mortel?

La tentation de la hard science s’efface devant Calvin, un pur produit de space opera tel qu’Asimov eût pu le recenser dans La Faune de l’espace. Invertébré tentaculaire, il rappelle le Glapum’tien que Valérian capture dans Les Spectres d’Inverloch; sous la corolle gracieuse, il planque un profil de cobra embryonnaire. Contrairement au xénomorphe d’Alien, il n’a aucun instinct de reproduction: seule la croissance l’intéresse.

Casse-pipe martien

Démarrant sur les chapeaux de roue, le film n’a pas le temps de procéder aux présentations. Les personnages, tous des experts dans leur domaine, se révèlent dans le feu de l’action. Quelques clichés et stéréotypes ne manquent pas. Sean Murakami, l’ingénieur en aérospatiale, attend la naissance sur terre de son premier enfant; la commandante Godovkina est une femme de décision et l’ingénieur mécanicien Roy Adams (Ryan Reynolds) un partisan de l’action.

Les autres sont plus nuancés. Le biologiste Hugh Derry (Ariyon Nakare), paraplégique, est heureux de vivre en gravitation zéro, aérien comme un papillon. Le Dr. David Jolan (l’impeccable Jake Gyllenhaal) cherche aussi la légèreté. Il a été soldat, a vu des hôpitaux bombardés et trouvé dans l’espace un refuge. Au casse-pipe martien, il résiste en compagnie de l’épidémiologiste Miranda North (l’excellente Rebecca Ferguson). Ils activent les pare-feu, tentent de piéger l’ennemi hors du vaisseau ou dans le réacteur jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autre solution que le sacrifice.

Plastique, indestructible, sans états d’âme, la créature réactive d’antiques craintes remontant à La Guerre des Mondes et aux séries B des années 50, quand le Martien était un ennemi mortel. Le thriller claustrophobe atteint une dimension apocalyptique avec l’hypothèse selon laquelle l’invertébré martien est responsable de la désertification de la planète rouge: il a tout bouffé, puis hiberné. S’il atteint la Terre, l’espèce humaine n’est pas sûre de survivre… Life: Origine inconnue maintient le suspense jusqu’à la dernière image.


***Life: Origine inconnue (Life), de Daniel Espinosa, avec Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson, Hiroyuki Sanada, Ryan Reynolds, Olga Dihovichnaya, Ariyon Bakare, 1h44

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