Cinéma

«Noces»: le mariage ou la liberté

Une adolescente pakistanaise voit l’avenir se fermer lorsque ses parents lui imposent un fiancé. Un film poignant

D’origine pakistanaise, Zahira (Lina El Arabi), 18 ans, est une lycéenne comme les autres. Elle rigole avec sa copine Aurore, fréquente un garçon, nourrit de grands rêves sentimentaux et professionnels. Mais un jour sa mère dispose trois photos devant elle: il s’agit de trois cousins à marier. Lequel veut-elle choisir? Le piège de la tradition se referme sur l’adolescente.

Refusant toutes formes de manichéisme, Noces, de Stephan Streker (Le monde nous appartient), n’est pas un film à charge. Il ne condamne pas. Il montre l’engrenage du destin pour une jeune femme écartelée entre deux cultures. Ses parents ne sont pas des brutes, juste les dépositaires d’un ordre séculaire. L’amour qu’ils portent à leur fille est indéniable, leur volonté inflexible. Ils usent de menaces voilées, de chantage aux sentiments. Ils appellent à la rescousse la sœur aînée qui, épanouie dans un mariage arrangé, recourt à une dialectique fataliste: évidemment que c’est injuste, «on est des femmes». Quant à Amir, le grand frère, soutien indéfectible de Zahira, son comportement s’avère de plus en plus ambigu.

Deux philosophies

Zahira est confrontée au dilemme de la soumission ou de la rébellion. La résolution implique le malheur, le sien ou celui de ses parents. Elle fait une concession, puis recule, se rétracte, fugue, prend la défense de son père arrêté après être venu faire du scandale à l’école. Lui n’est pas un intégriste enragé, juste un épicier apprécié dans le voisinage. Mais il pleure de honte, redoute de perdre la face, de ne pouvoir jamais remettre les pieds au Pakistan si Zahira s’enferre dans la résistance. Ses convictions sont bien arrêtées: «Une Pakistanaise épouse un Pakistanais.» Il dénonce le laxisme occidental qu’incarnent toutes les célibataires malheureuses qu’il rencontre dans son commerce. Et quand André (Olivier Gourmet), l’ami de toujours, le père d’Aurore, essaye d’arranger les affaires, il se fait rembarrer: on lui refuse le droit de s’immiscer dans une culture qu’il n’est pas apte à comprendre.

Dans la lignée du formidable Mustang, le film de Stephan Streker, qui s’inspire d’un fait divers survenu en 2007 à Charleroi, oppose deux philosophies, l’une moderne, l’autre médiévale, pour épingler l’obscurantisme inhérent au système patriarcal, non sans en souligner l’hypocrisie. La tradition s’arrange de la modernité. On skype avec le fiancé imposé, l’avortement n’est pas un péché mais un arrangement bien pratique et un hymen se recoud comme on repasse une chemise. La tension qui habite cette poignante tragédie ne fléchit jamais: Zahira finira-t-elle par se soumettre ou acquerra-t-elle son indépendance? On ne saura pas le vœu qu’elle fait quand passe une étoile filante…


***Noces, de Stephan Streker (Belgique, Luxembourg, Pakistan, France, 2017), avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani, Babak Karimi, Olivier Gourmet, 1h38

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