Exposition

À Genève, les marionnettes sortent de leur long sommeil

Les poupées du Théâtre des marionnettes de Genève sortent de leurs cartons pour s’exposer au Quartier libre SIG. Pour mettre en lumière 80 ans de savoir-faire au service d’un art méconnu

Dans la pénombre des combles, au numéro 3 de la rue Rodo, elles dormaient à poings fermés. Des centaines de poupées à fils, à gaines ou à tiges qui ont vu le jour au sein du Théâtre des marionnettes de Genève (TMG) entre 1930 et 2015. Animées le temps d’un seul spectacle, elles avaient depuis retrouvé leurs cartons et s’étaient fait quelque peu oublier… jusqu’à ce que l’institution ne décide d’exhumer ces trésors de savoir-faire.

Des moutons à lunettes, une petite Japonaise en kimono, un crocodile la gueule rose et béante… Au total, 70 petits personnages ont été sélectionnés dans l’immense collection pour intégrer l’exposition Le Fil d’une passion, qui a ouvert ses portes mercredi passé au Quartier libre SIG. 70 poupées et autant de tailles, de couleurs et de matières, reflets de leur temps et de l’imagination de leurs créateurs.

Art en constante évolution

«Il s’agit d’un héritage tout simplement génial!» s’exclame Laure-Isabelle Blanchet, commissaire de l’exposition. Durant deux mois et demi, celle-ci s’est attelée à répertorier chacune des marionnettes, parfois sévèrement abîmées par les ans. «Il nous a fallu retrouver l’équilibre des poupées, en reproduisant les gestes qui leur donnaient vie à l’époque», raconte celle qui est aussi marionnettiste.

Un travail de fourmi qui dévoile au grand public les coulisses du TMG, plus vieux théâtre uniquement dédié à la marionnette encore en activité en Suisse. «Son histoire, longue et riche, montre bien que la marionnette est un art en constante évolution», souligne Isabelle Matter, la directrice du TMG.

Une évolution décomposée dans l’exposition en quatre modules distincts, qui illustrent les quatre périodes clés du théâtre avec une série de photos, de vidéos et de programmes d’époque. Et bien sûr, les marionnettes, qui évoquent toutes un pan d’histoire. A l’image de ce personnage au visage verdâtre et aux cheveux enturbannés, vedette de la pièce Le Maure énamouré, dont la première avait dû être repoussée en 1945 à cause de la guerre. Ou encore de Pamplemousse le tigre et sa grosse moustache, un classique pour toute une génération d’enfants nés dans les années 80.

Bois, résine et latex

Plus loin, dans des alvéoles colorées, on découvre les étapes de fabrication des marionnettes, dont la facture a considérablement évolué. Ainsi, le traditionnel bois a laissé place à la résine, au latex moulé ou même au Plastazote, sorte de mousse PVC ultra-légère. Pour des motifs esthétiques, mais aussi pour épargner au maximum le dos de ceux qui les manipulent.

Les artistes eux aussi se sont renouvelés. D’abord muets (les dialogues défilant sur des vinyles), les marionnettistes sont sortis de l’ombre petit à petit pour prendre part au spectacle. Sans éclipser leur instrument pour autant. Equilibre délicat… L’exposition propose d’ailleurs de s’essayer à l’art complexe de la manipulation, en expérimentant différents modes de contrôle: la gaine, où l’on glisse sa main comme dans un gant, la tringle, fixée sur la tête de la poupée, ou encore les fils, que l’on tente tant bien que mal de ne pas emmêler.

Mais le défi principal pour les marionnettistes concerne les a priori sur leur art. «Ce théâtre est encore considéré comme exclusivement destiné aux enfants, regrette Laure-Isabelle Blanchet. Or la poupée, excellent vecteur de symboles et d’idées, peut aussi s’adresser aux adultes. Dépourvue de chair et d’os, elle incarne mieux l’homme dans son essence que ne le ferait n’importe quel acteur.» Foi de marionnettiste.


Le Fil d’une passion , jusqu’au 15 octobre au Quartier Libre SIG.

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