Télévision

«26 Minutes» s'installe sur les écrans suisses-allemands

Du 29 avril à la mi-juin, l’émission satirique des deux Vincent sera diffusée sur la chaîne SRF 2, en version sous-titrée. Mais l’humour romand est-il toujours traduisible?

Leurs sketchs pince-sans-rire traduits pour nos voisins d’outre-Sarine? Vincent Kucholl, l’un des deux auteurs de 26 minutes, a appris la nouvelle sur Twitter peu avant notre appel et se dit surpris mais ravi. «D’habitude, on est dans la position de la minorité à qui on impose tout. Là, c’est nous qui leur montrerons comment rigoler!»

Dès le 29 avril et jusqu’à la mi-juin, la chaîne suisse alémanique SRF 2 diffusera l’émission satirique de la RTS 26 minutes sous-titrée en allemand. Au total, une dizaine d’épisodes, programmés tous les lundis et les samedis à 1h du matin. Un premier bilan sera tiré à l’été, pour décider de l’avenir de cet échange télévisuel.

Une première

Une émission romande qui traverse le Röstigraben, l’événement est quasi historique. «Il arrive régulièrement que des magazines, de santé par exemple, soient traduits d’une langue à l’autre. Mais pour la catégorie des divertissements, c’est une première!» s’enthousiasme Pierre Genoud, producteur de 26 minutes.

Les discussions à ce sujet remontent à la fin 2016. La SRF s’intéresse alors au succès de 26 minutes et propose une collaboration. S’ensuivra une émission spéciale, concoctée par Vincent Kucholl et Vincent Veillon, qu’ils mènent entièrement en suisse allemand. Un sacré défi pour les humoristes, et qui fonctionne: diffusée sur SRF1 le 29 mars dernier, cette «Chpetzial Zendung» fait un très bon score, jusqu’à concurrencer le match de hockey qui se joue simultanément. «L’émission a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux mais aussi dans la presse», précise la SRF.

A lire: «26 Minutes» va conquérir la Suisse alémanique

Emballée, la télévision alémanique propose alors un partenariat plus régulier, mais l’exercice demande trop d’efforts à l’équipe de 26 minutes. «Le lendemain de leur passage à Zürich, les Vincent ont dû enregistrer leur propre émission ici, mais c’était une catastrophe. Ils étaient crevés».

Références de Romands

Germe alors l’idée d’un flux de production entre les deux télévisions. Car il existerait vraisemblablement bien un public suisse allemand pour les interviews décalées de 26 minutes. «Je sais qu’on est un peu suivis en Suisse alémanique, il y a des gens qui partagent nos sketchs sur les réseaux sociaux, surtout lorsqu’on se moque d’eux», remarque Vincent Kucholl.

Mais reste la question délicate de l’humour: les jeux de mots peuvent-ils vraiment se traduire? Les références aux personnalités, à la culture romande feront-elles écho outre-Sarine? Si la SRF s’en dit convaincue, Vincent Kucholl émet quant à lui quelques doutes. Et considère cette collaboration comme «plutôt anecdotique». «Nous n’allons en tout cas pas adapter nos contenus pour qu’ils nous comprennent», affirme l’humoriste.

S’il ne pense pas que 26 minutes restera au programme de la SRF très longtemps, Pierre Genoud espère bénéficier de cette vitrine pour attirer de nouveaux invités sur le plateau. «Ça m’aidera peut-être à convaincre certains politiciens suisses allemands, qui étaient pour l’instant un peu récalcitrants, à participer à l’émission. A commencer par nos conseillers fédéraux!»

Pour aller plus loin:

Publicité