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Louise Ebel partage sur son blog sa passion pour les vêtements, l'art et l'histoire.
© Pauline Darley

Portrait

Louise Ebel, caméléon d’Internet

La Française Louise Ebel tient son blog Miss Pandora depuis 2009. Sous la forme de séries photographiques, elle consacre la rencontre entre arts et histoire. Un ovni dans la blogosphère

C’est la beauté d’Internet. En un clic, on est transporté dans l'espace et le temps. La blogueuse Louise Ebel l'a bien compris, elle qui officie sous le nom de Miss Pandora depuis 2009. Au croisement entre art, mode et histoire, son monde digital a dépassé les frontières de la France et conquis un lectorat fidèle. D’une photographie à l’autre, on découvre la jeune Parisienne incarner des personnages réels ou fictionnels dans des séries d’images à thèmes. Les préraphaélites, David Bowie, une groupie rock, Brigitte Bardot: tout peut être source d’inspiration. Sans oublier les textes informatifs qui accompagnent le tout.

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L’aventure démarre il y a près de dix ans. Par le biais de sa mère Sylvie Ebel, directrice de l’Institut français de la mode, la jeune étudiante rencontre l’historienne de la mode Florence Müller (commissaire de l’exposition Christian Dior, couturier du rêve actuellement à Paris). «Elle m’a très gentiment prise sous son aile, explique-t-elle. Elle a vu que j’étais intéressée par l’histoire du costume. Je l’ai accompagnée à des défilés et j’ai commencé à être prise en photo pour les sites de street style. On m’a dit qu’il fallait que j’ouvre un blog. C’est ce que j’ai fait et ça a plu rapidement.» Passionnée par la mythologie et les femmes fatales, elle utilise son pseudo de DJ – son loisir d’alors – pour intituler son blog.

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Esthète non conformiste

Depuis, la jeune femme a délaissé les platines, a poursuivi des études d’histoire et se consacre aujourd’hui corps et âme à Miss Pandora. A travers la diversité des univers qu’elle explore, il est clair que cette esthète autodidacte refuse le minimalisme. Une extravagance bienvenue dans la blogosphère estampillée «années 2010», dont le standard se veut épuré et avant-gardiste. Louise Ebel, elle, nous plonge dans un passé éditorialisé. De la documentation à la réalisation d’une série photographique, le travail à fournir est immense. «Ce qui me plaît, c’est le rapport lieu-tenue-couleurs, c’est un peu une obsession», admet-elle. Et parce qu’elle se sent capable de matérialiser sa vision mieux que quiconque, elle est toujours son propre modèle. Etonnamment, elle assure pourtant être introvertie et détester poser. «Plus vite un photoshooting est terminé, mieux c’est», dit-elle en riant doucement.

Son amour pour les vêtements et la beauté est évident. Mais pas de syndrome d’accro au shopping chez celle qui ne court pas frénétiquement les fashion weeks. «Je cherche des vêtements avec patience et passion. Mais aujourd’hui, les boutiques vintage de Paris me déçoivent, alors je chine plutôt sur Internet.» Quand on lui demande sa pièce préférée, elle dit qu’il lui est impossible de choisir. Quant à définir son style personnel, elle trouve l’adjectif qui résume ses goûts éclectiques: «Il est inspiré.»

Les femmes, le féminin, le féminisme

Louise est belle. Comment se refuser l’évident calembour. Avec ses grands yeux et son port de tête noble, elle a tout d’une égérie classique. Plus jeune, elle a pourtant été qualifiée d’«intello moche» par ses camarades. «Vers l’âge de 15 ans, quand j’ai commencé à prendre du plaisir à m’habiller et me maquiller, j’ai eu le droit d’être jolie, mais stupide. Je n’ai jamais compris comment on passe d’un extrême à l’autre aux yeux des autres.» Aujourd’hui encore, elle est confrontée aux stéréotypes de genre. Heureuse de distiller son travail de mémoire sur l’image de la femme au XIXe siècle, elle explique: «On hérite d’une vision bourgeoise de la femme qui voulait que l’épouse représente la réussite sociale de son mari. Les femmes avaient avant tout un rôle décoratif.»

Longtemps exacerbée et étouffée par les corsets, les talons hauts et autres parures lourdes, la féminité est le fil rouge de Miss Pandora. «Le vêtement n’est jamais futile. Il est représentatif des mœurs. C’est un formidable moyen d’étudier la façon dont on vivait et vit. Moi-même je m’habille en fonction de mon état d’esprit, du film ou des tableaux que j’ai vus la veille.» Lorsqu’elle écrit sur les costumes et le style de vie des demoiselles de l’époque, c’est sans se détacher de ses profondes convictions féministes et son analyse sociologique.

Soif d’images

Louise Ebel a rencontré le succès lorsqu’elle a ouvert Miss Pandora il y a presque une décennie. «J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de lecteurs dès le début. J’étais au bon endroit au bon moment.» Et aujourd’hui? «Les blogs, c’est dépassé. Je le ressens surtout depuis l’arrivée d’Instagram. Les intérêts sont davantage tournés vers les images que les textes. C’est regrettable, mais il faut savoir s’adapter et ne pas aller contre cette tendance, que j’avoue suivre moi-même.»

Pour autant, pas question de fermer son blog qu’elle continue à alimenter avec plaisir, sans se soucier des statistiques. Aujourd’hui, elle peut en vivre, notamment grâce à quelques collaborations avec des marques ainsi qu’à son travail ponctuel en tant que journaliste pour Marie-Claire Japon. L’avenir? Elle souhaiterait écrire. «Je compte sur ma bonne étoile qui m’a toujours aidée et qui m’indiquera la direction à prendre.»


En dates

1988: Naissance à Paris

2009: Création de son blog Miss Pandora

2011: Diplôme de l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris. Rédaction d’un mémoire sur l’image de la femme au XIXe siècle

2012: Commence à travailler pour l’émission japonaise Zip ! en collaboration avec Marie-Claire

 

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