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Moins de 18 mois après avoir ouvert une épicerie zéro déchet à Sion, Eslyne Charrier et Olivier Richard dirigent une franchise de neuf boutiques d’aliments bio en vrac.
© Sedrik Nemeth

Portrait

Eslyne Charrier et Olivier Richard, les amants du zéro déchet

En mai 2016, le jeune couple ouvrait une épicerie zéro déchet à Sion, Chez Mamie. Aujourd’hui, les deux Français dirigent une franchise qui propose du vrac, du bio et du local, et qui compte neuf enseignes un peu partout en Suisse

La petite Léonie déambule entre les rayons de bois. Fruits, chocolats, biscuits ou thés, vinaigres, huiles, pâtes et farines patientent dans des boîtes, des bocaux ou des bouteilles. Tout est bio et presque toujours produit en Suisse. Les emballages sont rares et le plastique n’existe pas. Différentes odeurs flottent dans la boutique. Une dame entre, flanquée de deux grands sacs débordant de récipients vides. Olivier sourit: «Je suis fier de ce que nous avons accompli.» Eslyne prend un air grave: «Je ne crois pas que je réalise ce qu’il se passe.»

Jeunes parents, Eslyne Charrier et Olivier Richard semblent parfois dépassés par leur succès. En mai 2016, ils ouvraient leur épicerie zéro déchet, Chez Mamie, dans la zone industrielle de Sion. Aujourd’hui, leur franchise compte neuf boutiques qui commercialisent des aliments en vrac, surtout en Valais, mais aussi à Zurich, Lausanne, Payerne ou Bienne. Eslyne gère le magasin de Sion. Olivier négocie les contrats de la marque. Il se dit «cartésien». Elle se décrit «rêveuse». Installés en Valais depuis six ans, les deux Français montrent des naturels à la fois différents et complémentaires.

Je souhaite laisser à mon enfant un monde aussi propre que possible

La vie du couple change quand Eslyne découvre le livre Zéro déchet de Béa Johnson, la blogueuse et conférencière devenue icône d’un mode de vie écologique. Ancienne infirmière, elle applique d’abord «timidement» les principes de l’ouvrage. La naissance de sa fille Léonie change tout. Déjà attentive à ses habitudes de consommation, elle adapte son quotidien pour éliminer progressivement le plastique, les composants chimiques, puis tout ce qui produit des déchets: «Je souhaite laisser à mon enfant un monde aussi propre que possible.»

Lire aussi: Béa Johnson, la minimaliste papesse du zéro déchet

Les limites du zéro déchet

Ancien chef de cuisine, Olivier revendique une fibre entrepreneuriale. Avec un léger accent hérité des années passées à Aix-en-Provence, où il a ouvert trois restaurants, il reconnaît volontiers qu’il aurait pu se lancer dans des projets bien différents. Avec les yeux brillants, il en détaille quelques-uns, qui attendront encore un peu. Il évoque aussi son plaisir coupable pour la moto, que ses clients ne comprennent pas toujours très bien. Plutôt bricoleur et volontiers commerçant, il a choisi d’aider Eslyne à réaliser ses ambitions: «Tout le monde peut faire ce qu’il veut dans la vie et je crois que nous incarnons ça.»

Pour obtenir certains produits sans emballages, il fallait les commercialiser nous-mêmes

A 26 ans, elle cherche un travail qui coïncide avec ses valeurs. A 31 ans, il est impatient d’entreprendre de nouveaux projets. Fâché avec les grandes surfaces, le couple décide d’ouvrir une épicerie consacrée au vrac et au bio quand il se heurte aux limites du possible: «Pour obtenir certains produits sans emballages, il fallait les commercialiser nous-mêmes.» Tous les producteurs ne sont pas intéressés et les premières négociations sont difficiles. Eslyne et Olivier ouvrent leur enseigne au printemps 2016, sans étude de marché ni capitaux. Précédé d’un vif enthousiasme sur les réseaux, le succès est immédiat: «Après avoir pris beaucoup de risques, nous avons halluciné!»

Sollicitations spontanées

Dans les semaines qui suivent l’inauguration de Chez Mamie, le couple enregistre près de 200 sollicitations, toutes issues de particuliers. Les uns espèrent de l’argent facile, les autres souhaitent contribuer à un mode de vie sans déchets. D’abord prudent, le couple finit par multiplier les rencontres: «Si nous avions voulu nous remplir les poches, il y aurait déjà une centaine de boutiques.» Eslyne et Olivier choisissent de refuser la majorité des propositions: «Nous n’acceptons que les gens qui partagent nos convictions et mettent toute leur âme dans le projet.» Cinq mois plus tard, deux nouvelles épiceries ouvrent, à Lausanne et au Châble, près de Verbier.

Nous ne devenons pas riches mais nous avons la chance de pouvoir vivre en accord avec nos valeurs

Propriété de leurs gérants, ces boutiques restent autonomes et s’engagent à proposer du vrac, du bio et du local. Les franchisés paient un droit d’entrée et se voient proposer un assortiment de base, sans obligation. Contre un pourcentage, ils peuvent aussi profiter des prix négociés par le couple avec les fournisseurs, plus avantageux à mesure que de nouvelles enseignes apparaissent. Malgré tout, pour Olivier, «c’est beaucoup de travail pour peu d’argent». Eslyne sourit: «Nous tentons d’expliquer aux gens que les marges sont faibles et qu’il faut vendre beaucoup de farine pour faire des bénéfices.» Ils insistent: «Nous ne devenons pas riches mais nous avons la chance de pouvoir vivre en accord avec nos valeurs.»

Désormais, le couple compte Béa Johnson parmi ses amis. La papesse du zéro déchet dort parfois dans la maison qu’ils rénovent progressivement à Nax, dans le val d’Hérens. Eux participent à l’organisation de ses conférences un peu partout en Suisse romande. De plus en plus souvent, le nom de leur franchise circule dans la salle. Ces dernières semaines, pour la première fois depuis le début de leur aventure, Eslyne et Olivier ont pris des vacances. Pour elle, «c’était beaucoup de temps et d’énergie et nous nous sommes un peu perdus dans le travail». Pour lui, «c’était 18 mois de folie et nous commençons à peine à trouver notre rythme de vie».

Lire aussi: Nos gestes écocitoyens suffiront-ils?


Profil

1985: Naissance d’Olivier Richard.

1989: Naissance d’Eslyne Charrier.

2014: Naissance de Léonie.

2016: Inauguration de l’épicerie Chez Mamie, à Sion.

2017: Une neuvième enseigne ouvre à Zurich.

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