Art

2020, l’odyssée de Chu Teh-Chun

La fondation gérant l’héritage de cette grande figure de l’abstraction lyrique s’est établie à Genève. Pour commémorer le centenaire de la naissance du peintre, elle organise, en 2020, une grande exposition itinérante. Première étape à Pékin au printemps

«Il a été, au sein de sa génération, l’artiste chinois qui a été le plus loin dans la fusion des cultures chinoise et française.» Ces mots évoquant Chu Teh-Chun, grande figure de l’abstraction lyrique et de la nouvelle école de Paris, disparu en 2014 à l’âge de 93 ans, sont ceux du poète, essayiste et romancier François Cheng. En 2017, trois ans après la disparition du peintre, une fondation qui porte son nom, la Fondation Chu Teh-Chun, a été lancée à Genève, à l’instigation de son épouse, Ching-Chao Tung Chu, qui en est la présidente, de son fils, Yvon Chu, vice-président, et de la femme de celui-ci, Anne-Valérie Sceau, qui en est la directrice générale. Tous trois vivent désormais sur les bords du Léman.

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Chu Teh-Chun et son épouse, qui admiraient les paysages suisses, avaient envisagé de s’installer dans la Confédération helvétique au début des années 2000. Mais l’accident vasculaire cérébral dont a souffert le peintre en 2009 les a amenés à suspendre leur projet. En créant cette fondation reconnue d’utilité publique, sa veuve et son fils ont souhaité mieux faire connaître l’œuvre de l’artiste, ses fougueuses peintures abstraites faites de jaillissements chromatiques, et son univers singulier à cheval entre l’Orient et l’Occident, en organisant des expositions principalement, mais aussi d’autres événements artistiques à travers le monde. Un projet de bourse ou de prix visant à soutenir de jeunes artistes et des chercheurs évoluant dans le domaine de l’art est à l’étude. «Le catalogue raisonné est en cours de préparation. Nous sommes en train de réaliser un important travail d’archivage et de documentation. Nous nous chargeons aussi de l’authentification et de la certification des œuvres», explique Anne-Valérie Sceau.

Documentaire inédit

Chu Teh-Chun est né en 1920, dans la province chinoise du Jiangsu. Parmi les temps forts de l’année 2020, qui marquera donc le centenaire de sa naissance, figure l’organisation d’une exposition itinérante qui débutera, au mois d’avril, au Musée national de la Chine à Pékin. Avant de rejoindre d’autres pays d’Asie, puis de faire étape au Moyen-Orient, en Europe, puis aux Etats-Unis, indiquent, sans plus de précision, les responsables de la fondation. Cette exposition en forme de rétrospective réunira plus de 200 œuvres datant des années 1950 aux années 2000: des peintures à l’huile mais aussi des lavis, des gouaches, des calligraphies et des céramiques. Au programme également, précisent les organisateurs, des œuvres inconnues du public, des documents personnels ainsi qu’un documentaire inédit sur la vie et l’œuvre de l’artiste.

Issu d’une famille de médecins, grands collectionneurs de peinture traditionnelle chinoise, Chu Teh-Chun a été initié à la calligraphie dès son plus jeune âge. En 1935, il intègre l’Ecole nationale des beaux-arts de Hangzhou, la plus célèbre de Chine, où il découvre la peinture occidentale. Dans les années 1940 et au début de la décennie suivante, il enseigne à l’Ecole de Hangzhou, à l’Université de Nankin puis à Taipei, tout en participant à des expositions collectives. En 1955, sept ans après Zao Wou-Ki, son exact contemporain, il s’installe à Paris de manière à parfaire sa connaissance des grands maîtres occidentaux. Mais, sur les bords de Seine, c’est la rencontre avec l’œuvre d’un artiste contemporain d’origine russe, Nicolas de Staël, qui marquera un tournant dans sa carrière.

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Il abandonne alors la peinture figurative pour se lancer dans l’abstraction. Il puise ses sources d’inspiration dans la nature, mais aussi auprès des grands maîtres de la peinture traditionnelle chinoise des dynasties Song et Ming, chez les poètes des dynasties Tang et Ming, ainsi que dans la musique classique et l’opéra. «L’artiste absorbe ce qu’il voit dans la nature et l’affine dans son esprit, et c’est la puissance de son imagination, sa sensibilité et son caractère intérieur qui sont révélés sur la toile. C’est là que les concepts de la peinture chinoise et de la peinture abstraite se rejoignent de manière très nette», a écrit Chu Teh-Chun, qui forgera, dans les années 1970, sa propre écriture mêlant tradition chinoise et culture occidentale. Une écriture singulière qui a été célébrée par plus de 156 expositions personnelles à travers le monde.

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