Clin d’œil macabre à l’histoire du genre. Précédé d’une rumeur laudatrice, Censor, le premier long métrage de l’Anglaise Prano Bailey-Bond, raconte l’histoire d’une employée de la censure dans les années 1980 à Londres, sous Margaret Thatcher. L’héroïne doit analyser les vidéos «nasty», ces VHS de films d’horreur tous plus affreux les uns que les autres. Et elle s’y perd…

Censor figure dans la compétition internationale du Festival du film fantastique de Neuchâtel, le NIFFF, lequel aura bien lieu cette année, du 2 au 10 juillet. Le cru 2020, qui devait marquer la 20e édition de la manifestation, restera comme un «hors-série», avec ses films en ligne et son émission de TV quotidienne. Cette année, le NIFFF, dont Le Temps est partenaire, apparaît comme un revenant – la routine, pour une fête du fantastique. Ce festival zombie – «mixte», dit le directeur artistique de cette année, Loïc Valceschini – aura lieu dans des cinémas de la ville (tous les films y seront montrés) et en ligne. Quelques questions pratiques restent à préciser, mais une chose est sûre, les amateurs déterminés ont intérêt à s’inscrire et réserver leurs projections le plus tôt possible.

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Des conférences en ligne

Retour à la presque vie normale, donc, «en gardant quelques bonnes pratiques de l’année passée», relève Nathalie Randin, présidente. Chaque conférence sera accessible en ligne. Il y en aura d’appétissantes, par exemple autour de Taïwan, territoire d’une section spéciale cette année, ou du Godzilla de 1998 avec son créateur visuel Volker Engel; également un débat sur la science et la fiction avec notamment l’écrivaine Sylvie Lainé, qui préside le jury, et un autre à propos des nouvelles séries TV francophones; ou encore une table ronde sur les 20 ans du NIFFF.

Et les films, bien sûr. Une cinquantaine de longs métrages, presque la moitié du rythme de croisière de ces dernières années. Au moins, chaque film sera projeté plusieurs fois, ce qui n’était plus le cas. Si le contexte de pandémie complique toujours les choses, Loïc Valceschini relève: «Nous avons eu plus de 600 longs métrages à considérer pour la compétition, ce qui infirme l’idée d’une baisse de la production.»

La nouvelle vague (pas du virus, du fantastique)

Les sélectionneurs se sont donné une ligne générale: la relève. A l’image de Censor, la plupart des films de la compétition amirale sont des premières ou deuxièmes œuvres. Les curieuses et curieux croiseront une vieille légende vampirique irlandaise (Boys from County Hell), une histoire de virus qui terrasse le monde (In the Earth, Royaume-Uni), un conte sur un gamin qui parle aux voitures (King Car, Brésil), une fugue dans une Manille futuriste où la lumière comme les gens disparaissent (Midnight in a Perfect World, Philippines), un cauchemar dans un locatif bizarrement habité (Knocking, Suède, le «coup de cœur» des responsables), ainsi qu’une fable «anti-Amazon», est-il dit, autour d’un travailleur de l’économie quantique (Lapsis, présenté en ouverture, le vendredi 2 juillet).

On relève encore un film hongrois se déroulant pendant l’épidémie de grippe dite «espagnole» de l’hiver 1918 (Post Mortem), et Flashback, le deuxième opus du Canadien Christopher MacBride, remarqué en 2012 par The Conspiracy, faux documentaire sur les complots qui tournait en révélation horrifique.

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Toujours une tête chercheuse

Même un peu réduit, le NIFFF retrouve sa position de rampe de lancement dans les imaginaires mondiaux, avec, outre la section taïwanaise, sa programmation de tête chercheuse sur les cinémas d’Asie ainsi que la sélection des «films du troisième genre». Celle-ci propose un documentaire sur les théories selon lesquelles notre monde est une réalité alternative (A Glitch in the Matrix) ou le parcours en vrille d’un homme qui voulait revenir à la nature en plein cœur du Danemark (Wild Men). Et bien sûr, les films ultra, plaisirs coupables de minuit, comme ce road-movie néozélandais dont les organisateurs sont convaincus qu’il va traumatiser leurs ouailles (Coming Home in the Dark) ou, fait rare, un film de marionnettes (Frank & Zed), qui ne se situe cependant pas dans le registre de «Bonne nuit les petits».

Le festival offre aussi une carte blanche au président de l’EPFL Martin Vetterli, un hommage à la science-fiction made in télé romande de naguère avec Temps mort, 1966, de Jean-Jacques Lagrange (qui présentera son téléfilm), une phalange d’œuvres dédiées à la sauvagerie supposée de la nature en résonance avec l’exposition actuelle du Musée d’histoire naturelle, et le retour de l’open air de la place des Halles, avec notamment Les Oiseaux. Sans conteste, après une quasi-abstinence l’année passée, le NIFFF veut ouvrir le cercueil et faire à nouveau trembler tout Neuchâtel.


Festival international du film fantastique. Du 2 au 10 juillet. Places limitées.