Les adaptations de Stephen King, c’est toute une histoire. Pour de brillantes dérivations, surtout jusqu’aux années 1990 – Carrie, puis Christine, Misery, Stand by Me ou Les Evadés, et The Mist en 2007 –, combien de ratages (Cat’s Eye, Maximum Overdrive) ou de films discutables, même le Shining à la mode Stanley Kubrick?

En séries TV, le bilan n’est pas brillant. Dead Zone a offert une intéressante variation sur le thème du roman – un médium essayant d’assassiner un candidat à la présidence dont il pressent qu’il provoquera une apocalypse –, mais la série n’avait pas la puissance émotionnelle du roman. Plus récemment, même couvée par l’écrivain, Under the Dome a raté la brutalité humaine de l’original, chutant dans l’histoire d’ados à magie de plastique.

L'adaptation est réussie

Mini-série en huit épisodes lancée ce jeudi par Canal+, 22/11/63 réussit tout à fait le pari de l’adaptation, offrant une aventure aussi agréable que déroutante. Fidèle à son habitude, Stephen King ne raconte pas tout à fait ce qu’il annonce.

Certains présentent 22/11/63 ainsi: «Que se serait-il passé si l’on avait empêché l’assassinat de J. F. Kennedy?» C’est tout ce que n’est pas le roman, ou la série – hormis durant une courte séquence.L’histoire est celle de Jake (James Franco), un prof d’anglais à qui un ami mourant dévoile un secret: un placard qui conduit à 1960. L’ami restaurateur lui assigne une mission: empêcher le fameux assassinat de Dallas. Sauf que l’Histoire a ses histoires, et que le destin de Jake, dans le passé, va évoluer avant de revenir à la tâche originelle…

Des réflexions vertigineuses

Outre la trame dans la grande intrigue du XXe siècle, la traque du tireur présumé Lee Harvey Oswald, la tension croissante vers ce jour de novembre sur Dealey Plaza, Dallas, 22/11/63 est une magnifique histoire d’amour, un genre rare chez Stephen King. Au reste, le roman comme la série ouvrent quelques vertigineuses réflexions sur les conséquences des choix humains: par amour, jusqu’où irait-on, sachant à quoi l’on devrait renoncer afin de garder sa romance? Quant à l’histoire parallèle, ou uchronie, la perspective proposée sur un hypothétique non-assassinat de JFK est originale.

En 2013, lors du 50e anniversaire: Le mystère JFK, toujours

La série représente un peu l’hommage de la jeune génération au patriarche Stephen King. A la production, J. J. Abrams, le mogul hollywoodien du XXIe siècle, de Lost à Star Wars en passant par Star Trek, Mission: Impossible et Westworld. Revenant à ses amours artisanales, il a même conçu le générique du feuilleton. La mini-série est due à Bridget Carpenter – sans lien avec John –, jeune scénariste qui avait planché sur la savoureuse Dead Like Me. Dans une note d’intention, elle résume le propos de manière laconique: «C’est juste une fiction dont le sujet est central dans l’histoire des Etats-Unis.» En effet. Et cette centralité, le caractère considérablement dramatique de l’enjeu, accroît toutes les facettes de cette fable.

Voitures chromées 
et femmes sublimes

Même si elle prend des chemins toujours inattendus, l’aventure de Jake passionne. A ce héros solitaire dans le temps, l’adaptation TV adjoint un acolyte, afin d’animer scènes et dialogues. Mais, dans l’ensemble, les concepteurs suivent Stephen King page après page, sans excès de citations, sans détours hasardeux non plus. Avec gourmandise, ils jouent de l’esthétique de l’époque, voitures chromées, femmes sublimes et couleurs pastel à tous les niveaux.

Ainsi, la nouvelle génération de conteurs donne vie et forme à la nostalgie américaine de Stephen King. Dans son statut même, 22/11/63 a valeur d’hommage au maître, comme de passage de témoin.


 22/11/63. Sur Canal+, dès ce jeudi 19 janvier, 21h.


 Lors de la venue de Stephen King en Europe: Notre hommage, «Maître King»