Drôle d'ambiance. Samedi soir, une demi-heure avant l'heure programmée du concert de 22-Pistepirkko, une centaine de personnes pour la plupart somnolentes s'est réfugiée sur les gradins du Dôme. A juger de l'état de cette petite armée de festivaliers en déroute, on a du mal à croire que la plupart d'entre eux attendent le concert de 22-Pistepirkko.

Trente minutes passent, le public a empli progressivement la salle. Sur scène, pas de trace du trio finlandais. Une machine à fumée continue de cracher par intermittence de maigres volutes. Premiers sifflets, premiers départs. Une demi-heure plus tard, les deux immenses frères Keränen apparaissent sur la scène timidement. Alors que le public gronde son agacement, un envoyé du festival annonce bien tardivement que le début du concert a dû être repoussé à cause de la prestation de Celia Cruz sur la grande scène. Dure entrée en matière pour le trio finlandais qui, une heure durant, va désarçonner le public.

Plus que d'un simple concert, la performance de 22-Pistepirkko tient tant de la séance d'envoûtement que du quart d'heure de récréation. Les compositions hantées du trio peuvent virer en un instant de l'euphorie pop à l'autisme le plus effrayant. Est-ce leur origine arctique? – les trois musiciens sont nés dans un village bordant le cercle polaire –, toujours est-il que la musique de 22-Pistepirkko ne conjugue que les extrêmes, même si Eleven, dernier opus et chef-d'œuvre du groupe, lorgne toujours plus vers la lumière. Penchés sur leurs instruments comme des laborantins sadiques sur des lapins mutants, les deux frères Keränen extirpent des mélodies divines, d'une simplicité et d'une poésie désarmante. A l'image du Velvet Underground, influence avouée des Finlandais, 22-Pistepirkko réussit le pari de charmer tout en angoissant. Jubilatoire et dépressif.