Greenpeace et consorts apprécieront. En ouverture du nouveau et terrifiant film de Danny Boyle (Petits Meurtres entre amis, Trainspotting), un commando de la protection animale libère un singe dans un laboratoire. Peu reconnaissante, la bête, porteuse d'un virus, leur saute à la gorge… Vingt-huit jours plus tard, dit le titre, un malade, Jim (Cillian Murphy), sort du coma dans un hôpital. L'immeuble est déserté, tout comme Londres où il se trouve, l'Angleterre et sans doute le reste du monde. Jim est seul. Le singe a décimé l'humanité. Dans un carnage que les rues vides de la capitale britannique laissent imaginer…

Sauf que l'horreur est tapie dans l'ombre: en compagnie de rares survivants, Jim affronte des gens contaminés, êtres sans conscience qui vomissent du sang noir et se repaissent de chair fraîche. Avec un père, sa fille et une jeune femme, Jim tente bientôt de rejoindre une zone, près de Manchester, soi-disant sécurisée par des militaires. Si les soldats sont bien là, leur hospitalité, elle, cache de sinistres intentions: ils cherchent les dernières femmes, afin de retrouver l'espoir en les engrossant.

Après l'échec de La Plage avec Leonardo DiCaprio, le Britannique Danny Boyle a revu ses ambitions à la baisse. Deux téléfilms plus tard (pour la BBC), il explore aujourd'hui trois délicieux effrois un peu oubliés depuis la fin du cinéma gore des années 1970: le mythe du dernier survivant, le cauchemar des morts-vivants et la paranoïa militaire. Le résultat, plus ramassé que ses films précédents, ravive l'histoire trop brève du gore. En particulier celle portée par l'Américain George Romero et sa trilogie La Nuit des morts-vivants (1969), Zombie (1978) et Le Jour des mort-vivants (1985).

Il est d'ailleurs curieux que Boyle revienne sur le devant de l'affiche avec un hommage à Romero, cinéaste maudit, et à un genre qui, à l'instar du porno, était distribué dans des circuits spécialisés. D'autant que 28 Jours plus tard, qui a reçu le grand prix du Festival du film fantastique de Neuchâtel cette année, reprend la plupart des motifs romériens: le fantasme de la solitude dans des supermarchés sans caissiers; l'existence servile des zombies comme allégorie de la condition humaine; l'apocalypse comme excellent moyen de tout recommencer; les rapports amoureux ou charnels inaccessibles quand la survie seule est en jeu; le réalisme brutal, en caméra numérique tenue par le chef opérateur de Festen, là où Romero plagiait les cadrages triviaux de la télévision; la critique documentaire d'une réalité géographique (les routes entrelacées qui ne servent plus à rien), urbanistique (à quoi riment les monuments culturels de Londres sans touristes?), politique (les luttes de pouvoir entre survivants), etc.

Sans oublier le happy end, en image nette, enfin, en pellicule 35 mm, sorte de libération du regard pour le spectateur, après une heure trente de pixels délavés, saturés. Ce final en montagne fait lui aussi écho à la conclusion de la trilogie signée Romero: les trois survivants s'y reposaient sur le sable d'une plage de rêve. De rêve, tel l'Eden? C'est la question: sont-ils morts ou vraiment sauvés? L'image la plus nette paraît, du coup, la seule qui soit irréelle. Toute la force suggestive du cinéma gore est là et il faut remercier Danny Boyle de lui avoir rendu sa rigueur. Autant de qualités qui faisaient, chez l'Américain Romero, l'Italien Dario Argento ou le Canadien David Cronenberg, les lettres de noblesse de ce genre mal aimé, souvent mal apprêté également par des adeptes d'humour au second degré ou de sang à gogo. Ce que Boyle a su éviter.

28 Jours plus tard (28 Days Later), de Danny Boyle (GB, USA 2002), avec Cillian Murphy, Brendan Gleeson.