Critique: «2h14» au Pulloff à Lausanne

Les coups de sang d’une jeunesse perdue

Que cherche-t-on au théâtre si ce n’est une voix qui tranche? A l’affiche du Pulloff à Lausanne, 2h14 promet ça. Son auteur, David Paquet, est inconnu sous nos latitudes, mais il a du tempérament, dit-on au Québec, où il vit. Il a 36 ans, il a appris le métier à l’Ecole nationale de théâtre du Canada, il a étudié la sexologie et il écrit, sur les débris de l’actualité, des comédies qui finissent mal. A la mise en scène, François Marin, qui dirige le Théâtre de Valère à Sion, a du métier et des curiosités littéraires qu’il a su souvent faire partager. Il a réuni pour 2h14 six acteurs affûtés, les intenses Barbara Tobola et Christine Vouilloz notamment. A priori, il y avait tout pour marquer. Sauf que rien ne joue dans ce tableau d’époque.

Si 2h14 déçoit, c’est que l’écriture et le traitement pèchent. L’auteur a une ambition: saisir le mal-être d’une génération via six destins croisés; et marier la rapidité du caricaturiste au coup de ciseau du tragédien. Au Pulloff, vous croisez Berthier (Julien Georges), un premier de classe pas beau, lui dit sa mère, qui brûle de connaître un premier flirt; Katrina (Barbara Tobola), collégienne éruptive qui panse ses plaies en se faisant tatouer; François (Cédric Dorier), ado attrape-cœur qui s’éprend d’une vieille dame hospitalisée; Jade (Mali Van Valenberg), sylphide qui se ronge; mais aussi Denis (Marc Mayoraz), professeur de français au bout du rouleau; et surtout une mère endeuillée, passante à jamais interdite (Christine Vouilloz, saisissante en bordure de monde).

Que voit-on? Une fâchée qui mitraille ses «fuck» à la face du monde; un professeur qui vomit son métier, etc. Tous se succèdent en rafale sous un plafond bas qui menace de les écraser, comme pour préfigurer le dénouement. Les dialogues sont expéditifs: ils prétendent à la vivacité; ils tombent lourdement.

Est-ce pour compenser la pauvreté des clichés? François Marin multiplie les habillages: il soigne les enchaînements à coups de musiques, punk, bossa-nova ou pop; et injecte des saynètes dansées, exécutées tant bien que mal dans un décor qui ne s’y prête pas – il faut dire que la scène du Pulloff est exiguë. Les acteurs brûlent, forcent le trait – ah, ces crises de nerfs à répétition! – mais ne sauvent pas la mise. L’autre soir, la salle a beaucoup applaudi. Le soussigné, lui, est resté froid, saturé par les artifices de mise en scène et les expédients d’écriture. 2h14 est de ces spectacles qui courent après l’époque sans la révéler vraiment.

2h14, Lausanne, Pulloff, jusqu’au 22 février (loc. 021 311 44 22); puis Sion, Théâtre de Valère, mardi 24 février; Monthey, Théâtre du Crochetan, du 4 au 7 mars; Martigny, Théâtre Alambic, les 12 et 13 mars.