Chaque journal a ses pages opinions. Un lieu où des avis spécialisés éclairent des débats en cours. Après 33 tours et quelques secondes, à l’affiche de La Bâtie festival de Genève, on se réjouit que ces espaces existent encore. Car, dans ce spectacle sans acteurs, les Libanais Lina Saneh et Rabih Mroué montrent l’incroyable stérilité réflexive des nouveaux moyens de communication en raison, notamment, de leur immédiateté. La situation? Le suicide d’un jeune activiste libanais en octobre 2011. S’inspirant d’un fait réel, les deux metteurs en scène donnent à voir et à entendre la déferlante de messages que cette disparition suscite. Facebook en continu, mais aussi des sms, des messages audio sur le répondeur du jeune homme ou encore des émissions TV qui relatent et interrogent sa décision. Le dispositif, saisissant et oppressant, restitue parfaitement l’impasse d’une telle profusion.

Nour Merheb, jeune artiste libanais, s’est suicidé en septembre 2011. De ce fait divers qui a bouleversé Beyrouth, Lina Saneh et Rabih Mroué ont imaginé une fiction documentaire qui porte toute son attention sur les réactions. Le jeune homme, rebaptisé Diyaa Yamout dans le spectacle, est l’objet d’un tsunami de commentaires principalement postés sur son «mur» faceboook, lequel, projeté sur grand écran, est sans cesse alimenté. Quelques-uns des 3543 amis de Diyaa y exposent d’abord leur consternation. Puis très vite, cherchent expliquer sa décision alors que l’intéressé a laissé une lettre disant que le monde était «une prison dont il souhaitait se libérer». Causes politiques, religieuses, psychologiques, même diaboliques… Au-delà d’un vrai débat, Facebook offre surtout un endroit où déposer ses tensions et parler de soi. En parallèle, sur le répondeur téléphonique, une amie de Dyaa réfléchit au rôle de la parole. On suit encore par sms le difficile retour de Londres d’Azza, une amie palestinienne à qui le Liban refuse l’entrée. Enfin, une télévision diffuse des images du printemps arabe et des reportages sur l’épisode en question.

On ressort plus étourdis que nourris de ce ballet d’informations. Manière habile et «parlante» de dire que la saturation tue la communication.

Bâtie-festival de Genève, jusqu’au 15 sept, 022 738 19 19, www.batie.ch