Père immense, fondateur et âme du festival où tout porte son nom: l'académie, le concours de violon, la manifestation elle-même. Tel est Tibor Varga, qui trône à la proue de la manifestation valaisanne dont son fils, Gilbert, il y a trois ans, a repris la direction. Celui-ci, lorsqu'il a accepté le sceptre, a décidé de se faire aussi petit que possible. Chef d'orchestre lui-même, il ne dirigerait qu'au compte-gouttes pour éviter tout soupçon de népotisme. Il n'apparaîtra donc que ce jeudi soir, à mi-parcours du festival, pour diriger le concert final des lauréats du 34e concours international de violon, dont les quatre finalistes ont été départagés hier (voir le palmarès ci-dessous). Au programme, un grand concerto romantique et la création du concerto pour violon et orchestre de Laurent Mettraux.

Contraintes et coups durs

Le festival Tibor Varga n'est pas le plus lisible sur la carte musicale. Tout y est dispersé. Le concept d'abord: des concerts, un concours, une Académie. La géographie ensuite: Sion en est l'épicentre, mais l'obtention des subventions implique l'obligation d'être dans tout le canton, de Zermatt à Morgins, d'Hérémence à Loèche. Les dates enfin: parce qu'il faut satisfaire à la fois les touristes, qui débarquent en juillet, et les Valaisans, qui reviennent fin août, la manifestation s'étend sur près de sept semaines.

Gilbert Varga admet que cela fait beaucoup de contraintes, et qu'une concentration du festival sur deux semaines, en un seul lieu, permettrait d'épanouir son excellente idée: inviter chaque année un artiste en résidence, à la fois comme exécutant et comme programmateur. «Le public devrait pouvoir le sentir à portée de main, le rencontrer, il faudrait que sa présence irradie.» Dans les conditions actuelles, cet objectif n'est qu'à moitié rempli.

Pour ne rien arranger, le violoncelliste et chef d'orchestre Heinrich Schiff, dont c'est l'année, a souffert d'un problème au poignet qui l'empêche de jouer. Cet accident a entraîné l'annulation de deux concerts et son remplacement dans quantité d'autres. Ce coup dur, selon Gilbert Varga, n'entame pourtant pas le principe qu'il s'est fixé. En 2001, le pianiste et chef d'orchestre Christian Zacharias jouera le rôle de Monsieur Loyal, en 2002 ce seront le trompettiste Håkan Hardenberger et le tromboniste Christian Lindberg.

L'innovation n'est pas mince mais Gilbert Varga doit avancer à pas comptés. L'invité d'honneur n'a par exemple carte blanche que sur la moitié des concerts. Les autres sont intouchables: ceux dont s'occupe Tibor Varga lui-même, les concerts de l'Académie, ceux du concours. Enfin et surtout, Gilbert Varga pleure l'absence d'une salle de concerts digne de ce nom à Sion. «Je ne comprends pas que les Suisses investissent si peu dans la culture. Au Pays basque espagnol, où je dirige souvent, on construit des salles merveilleuses, parce qu'on sait que la culture attire les touristes et anime une région.»

Tout bouge pourtant, et cet été, le festival s'ouvre à l'opéra. En plein air, au Château Mercier de Sierre, l'European Opera Centre de Manchester donnera La Scala di Seta de Rossini et Il Maestro di Capella de Cimarosa. Mais l'opération n'a été possible que grâce au soutien de… l'Union européenne, qui finance cette académie de formation. Car le festival n'est pas riche, même si son budget de 1,45 million est en augmentation, avec un tiers payé par le canton du Valais et la ville de Sion, un second tiers par les sponsors, un troisième par le public… lorsqu'il suffit.

Toujours en souci de déficit, le festival Tibor Varga de Gilbert Varga a donc décidé de revoir son marketing et sa stratégie de séduction auprès des VIP valaisans, qu'il réunira lundi, en apéritif au concert de l'Orchestre de la Suisse romande à Fully, pour lui présenter ses charmes. La concurrence du festival de Verbier, au prestige grandissant, oblige à des mutations que le maître Tibor, du haut de sa légende, aurait sans doute aimé ne pas avoir à connaître.

Concert des lauréats du concours international de violon, ce jeudi à 20h30 à Sion, salle de la Matze, 20h30. Les lauréats se produisent encore à Genève, Cour de l'Hôtel-de-Ville, vendredi 18 à 20h30, avec des sonates pour violon et piano. Puis concert de l'OSR, dir. Fabio Luisi, lundi 21 à la Belle-Usine EOS de Fully, 20h. Opéra de Rossini au Château Mercier de Sierre les 23, 25 et 26 à 21h. Le festival se termine le 7 septembre.