Georges Minois

Galilée

PUF, coll. Que sais-je?, 128 p.

n Le 22 juin 1633, à genoux devant le tribunal de l'Inquisition, Galileo Galilei, alors âgé de 70 ans, abjura et maudit ses hérésies. L'année précédente, à Florence, il avait publié son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, celui de Ptolémée et celui de Copernic (Seuil, coll. Points Sciences, 656 p.). Depuis 1616, les œuvres de Copernic sont inscrites à l'Index, et Galilée ne peut soutenir l'héliocentrisme. Formellement, le recours au dialogue permet à Galilée de présenter les deux systèmes à titre d'hypothèses entre lesquelles il appartient à l'Eglise de trancher. Mais personne ne s'y trompe, tant la démonstration de la supériorité de la théorie de Copernic est éclatante. En outre Galilée tourne en ridicule l'argument, imaginé par le pape lui-même, selon lequel Dieu, étant tout-puissant, n'est pas tenu d'agir selon les lois d'une science d'invention humaine. Georges Minois, spécialiste reconnu des relations entre l'Eglise et la science, a parfaitement reconstitué la logique des démêlés de Galilée avec le Saint-Office, où il comptait pourtant de nombreux amis. Ce que l'Eglise ne pouvait supporter, dans le contexte de la Contre-Réforme, c'est la volonté du savant de s'immiscer dans l'interprétation des Ecritures pour mieux accréditer l'accord de la science nouvelle et de la foi. Jean-Paul Thomas

Melissa Bank

Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles

Trad. de Françoise Cartano

Rivages poche, coll. Bibliothèque étrangère, 246 p.

n Melissa Bank a trouvé un ton, sa traductrice aussi, et voilà un petit morceau de littérature sans prétention mais tout à fait délicieux. C'est un roman en miettes: en sept chapitres parfaitement décousus, la narratrice de The Girl's Guide to Hunting and Fishing raconte selon son humeur son enfance, son frère et ses copines, ses parents, son boulot, ses amants… On assiste ainsi à de petites scènes parfaitement justes: un flirt entre le grand frère et une jeune femme charmante, qui tourne court. Une semaine de vacances en amoureux, mais avec un couple d'amis. Les conseils avisés des copines (ou des manuels spécialisés) quand on ne sait plus quoi faire pour trouver l'homme de sa vie. Peu à peu se dessinent des portraits tout en douceur, des hommes surtout: le père d'abord, inoubliable, même s'il n'a rien d'un héros. L'amant aussi, séducteur déjà mûr, mais fragile parfois (ce qui séduit encore) et pas aussi macho qu'il aurait pu l'être. Et le prince charmant, qui aura beaucoup de difficultés à réveiller sa princesse, laquelle pourtant ne demandait que cela. Martine Silber

Antonio R. Damasio

L'Erreur de Descartes

Odile Jacob Poches, 396 p.

n Fâcheux Descartes, qui établit une séparation si catégorique entre les corps et les esprits! Une «erreur» que les neurosciences pourraient bien renouveler chaque fois qu'elles réduisent, un peu vite, les processus mentaux à des phénomènes cérébraux indépendants du «paysage» qui les environne, notre corps. L'esprit humain ramené aux dimensions d'un logiciel informatique indépendant de son environnement physique et social? Telle est bien l'inquiétude d'Antonio Damasio, qui dirige le département de neurologie de l'Université de l'Iowa aux Etats-Unis. Les nombreux cas cliniques qu'il a pu étudier l'amènent à considérer que «la perception des émotions l'emporte sur les autres processus perceptifs». Instinct de survie? C'est en tout cas ainsi, assure-t-il, que se constitue un «cadre de référence» indispensable à l'activité cérébrale tout entière, notamment dans le domaine des processus cognitifs. Est-ce oublier le libre arbitre et le génie créateur? Damasio voit plutôt dans cette «préséance du corps» une occasion renouvelée d'émerveillement. Parce qu'elle nous fait considérer la complexité des mécanismes qui rendent possibles tant de ces «sortilèges» qui font une vie humaine. Et parce qu'elle nous restitue, enfin, notre unité. André Meury

Kenzaburô Oé

Une Affaire personnelle

Trad. de Claude Elsen

Stock, coll. Bibliothèque

cosmopolite, 234 p.

n La naissance d'un fils handicapé a bouleversé la vie de l'écrivain japonais Kenzaburô Oé. Bird, le héros d'Une Affaire personnelle, se présente comme un homme médiocre, mauvais époux et piètre amant. Quand sa femme accouche d'un bébé anormal, il pense que sa vie est finie. Un chœur de conseils assassins se lève. Le directeur de la clinique affirme qu'il vaut mieux que le bébé meure. Sa belle-mère aussi. Même la maîtresse de Bird, ce beau personnage d'une Japonaise hors norme, méditant le jour, roulant à tombeau ouvert la nuit dans les rues de Tokyo, lui conseille de faire mourir l'enfant. «Nous ne sommes qu'un tas de vermine», finit par se dire Bird, après ses errances dans les bars et ses rencontres avec des êtres marginaux. A l'issue de ces discussions, Bird prend la décision de faire vivre l'enfant: «Il parlait calmement. Il sentait qu'il avait enfin cessé de mentir et qu'il était en train de retrouver sa foi en lui-même», commente Oé, le moraliste.

Catherine Bédarida