Fondée il y a quarante ans, Ecriture a fêté sa cinquantième livraison en 1997 par un joyeux numéro d'anniversaire. Le paysage médiatique a changé, et sa rédaction tricéphale, en place depuis dix-huit ans, souhaite une relève et s'interroge aujourd'hui sur le rôle des revues littéraires: le No 64 s'ouvre sur les réponses de seize écrivains romands, à une exception près plutôt rassurantes. Elles sont complétées par une enquête de Daniel de Roulet sur [vwa] (1983-2001), D'Autre Part (1988-1996), la Revue de belles-lettres (née en 1836!), Le Passe-muraille, La Distinction et la franc-comtoise Verrières. D'où il ressort que chaque revue a sa vocation propre et son public (pas de concurrence mais une complémentarité); et qu'Ecriture est appréciée pour ses dossiers sur de grands auteurs, mais qu'on déplore son manque d'ouverture sur la création vive et le débat d'idées.

Avec les revues, les écrivains entretiennent une relation affective, parce qu'elles sont liées à leurs débuts: ainsi Archipel pour Claire Genoux, Ecriture pour Sylviane Dupuis, Janine Massard ou Jérôme Meizoz, la Revue de belles-lettres pour Vahé Godel, [vwa] pour Antonin Moeri ou Le Nouveau Commerce pour Jean-Michel Olivier (qui y a croisé l'invisible Maurice Blanchot sans savoir que c'était lui!). S'agissant de leur rôle, les avis se recoupent: banc d'essai pour le débutant (Claude Darbellay) ou l'auteur qui manque de confiance en lui (Guy Poitry), espace ouvert à des textes non formatés (Jean-Bernard Vuillème), lieu de rencontre (Claire Krähenbühl, José-Flore Tappy), où l'on fait l'expérience de la lenteur dans la découverte (Pierre Voélin, Patrick Amstutz)…

Des critiques? Des souhaits plutôt: Jacques Roman aimerait les voir insuffler de l'exigence, oser se dénuder; Sylviane Dupuis déranger, donner de l'air, se métamorphoser, inventer le futur; et Claude Darbellay déplaire, se montrer curieuse, avoir un enjeu, faire rire parfois. Tout cela pour ne pas en arriver à la curieuse inappétence confessée par Silvia Ricci Lempen, qui avoue ne pas savoir comment lire les revues littéraires, par manque de curiosité. Peut-être est-ce là que le bât blesse, si les lecteurs romands n'éprouvent plus ce mouvement qui les porte vers l'inconnu, comme l'auditrice colombienne de Claude Darbellay au Festival de poésie de Medellin.

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