La chanson «Despacito» du Portoricain Luis Fonsi, dont le rythme reggaeton latino a envahi le globe, est devenue mercredi la chanson la plus jouée en streaming de tous les temps.

Le label de la chanson, Universal Music Latin Entertainment, a annoncé que «Despacito», l’originale et ses versions remixées, avait atteint 4,6 milliards de vues sur les plateformes dédiées, incluant YouTube et Spotify.

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Mieux que Justin Bieber, avec lui

«Despacito», un morceau latino plein de sous-entendus sexuels et qui inclut le rappeur portoricain Daddy Yankee, est devenue virale peu après sa sortie en janvier. Le titre a trouvé une audience encore plus large en avril, quand la pop star Justin Bieber est apparue dans un remix.

La chanson «Despacito» détrône le tube «Sorry» de ce même Canadien, qui comptabilise 4,38 milliards de vues, selon Universal.

«Despacito» – qui signifie «tout doucement» en espagnol – a passé dix semaines au sommet du hit-parade américain, devenant ainsi la première chanson en espagnol à atteindre ce rang depuis «Macarena» en 1996.

Une musique sensible pour les Portoricains

«Le streaming est un connecteur pour le public dans le monde entier et il a aidé ma musique à toucher chaque recoin du monde», a déclaré Fonsi dans un communiqué. «Despacito» est montée en flèche sur YouTube, où la chanson est déjà la quatrième vidéo la plus vue de tous les temps, avec 2,66 milliards de vues. Sur Spotify, elle était mercredi au 39e rang des chansons les plus écoutées de tous les temps.

Le boom du streaming

Le marché mondial du streaming a bondi de 60,4% en 2016. Il compte 112 millions d’abonnés payants, selon un bilan rendu public par l’Ifpi, la Fédération internationale de l’industrie phonographique. Pour l’heure, CD et vinyle tiennent encore bon. Mais le streaming vient de passer la barre des 50% de revenus issus du numérique

En Suisse, les parts de marché du streaming se sont élevées à 27%, un record. Plus d’un quart de la musique consommée en Suisse l’est donc désormais via des écoutes en ligne. Le streaming a rapporté 23 millions de francs, ce qui représente une croissance de 50% – contre 21,7 millions pour le téléchargement (–21,7%), dont les parts de marché sont donc pour la première fois inférieures (26%).


 

Une revanche pour le reggaeton

Le reggaeton, originaire de Porto Rico, est depuis longtemps une musique incontournable des boîtes de nuit dans les pays hispanophones, mais il n’était jamais parvenu à percer ailleurs. Jusqu’à la chanson «Despacito». Boudé par les élites, le genre musical remporte actuellement un succès international avec ce titre de Luis Fonsi. C’est le premier morceau en espagnol à devenir numéro un du classement américain des singles Billboard Hot 100 depuis «Macarena» en 1996.

Un genre accusé de machisme

Le reggaeton se caractérise par des rythmes rapides aux saveurs jamaïcaines appréciés des boîtes de nuit avec des paroles aux sonorités de rap, souvent teintées de machisme. Il a décollé à Porto Rico dans les années 1990, après avoir été considéré comme un courant underground.

Le rôle des Portoricains dans la naissance du hip-hop

Les Portoricains ont joué un rôle particulièrement actif dans la naissance du hip-hop à New York, dont la rythmique arrivait du Panama où des Jamaïcains et d’autres populations des Caraïbes travaillaient à la construction du canal. «La musique underground était essentiellement pour faire la fête, mais elle a aussi procuré un espace d’expression politique pour aborder les problèmes comme la pauvreté, la brutalité policière et le racisme», explique Petra Rivera-Rideau, professeure assistante en études américaines au Wellesley College et auteur de l’ouvrage Remixing Reggaeton.

A mesure qu’il a pris de l’essor, ce genre musical «a été soumis à une campagne de censure au milieu des années 1990 qui, ironiquement, lui a fait de la publicité et l’a présenté à de nouvelles audiences», relève-t-elle. Ses critiques ont dénoncé son hypersexualisation, le Sénat portoricain tenant même des auditions en 2002 sur la représentation des femmes dans les clips vidéo.

Une dénonciation du racisme

Reste que, selon la chercheuse, le reggaeton a fourni un nouveau mode d’expression, en particulier pour les Noirs de ce territoire américain des Antilles. «Le reggaeton a offert une opportunité aux artistes de tresser des connexions avec la diaspora africaine au sens large, en particulier la jeunesse noire urbaine, et cela a menacé la doctrine fondamentale en matière de démocratie raciale parce qu’il a dénoncé le racisme à Porto Rico.» (AFP)