Si le critique hibernait dans une chartreuse pour méditer sur le monde et sa danse, voici les spectacles qui le feraient léviter.

1. The Moebius Strip. Le Suisse Gilles Jobin conçoit un formidable labyrinthe intime à l'Arsenic à Lausanne. Ses cinq danseurs dessinent à même le sol et dans la nuit une quête aussi géométrique qu'hypnotique, un tracé qui conduit chacun aux confins de la vie.

2. Con forts fleuve. Un poème pornographique signé John Giorno. Une dizaine de danseurs encagoulés, victimes et tortionnaires à la fois, prenant possession du Bâtiment des Forces motrices à Genève. Le Français Boris Charmatz, 28 ans, détraque la syntaxe du désir.

3. My Movements are alone like streetdogs. L'Islandaise Erna Omarsdottir, 24 ans, exulte en solitaire, entre deux molosses empaillés suspendus par le chorégraphe flamand Jan Fabre. Puis elle se laisse chavirer sur la scène de Bonlieu à Annecy par un poème rebelle et errant signé Léo Ferré. Et voilà que cette débauche onaniste révèle sa part sacrée.

4. Suddenly, any way, why all this? While I… L'Iranien Hooman Sharifi, 27 ans, préfère les points de suspension aux points finaux.

A l'Usine à Genève, il se raconte entre les lignes, disséminant photos de famille et extraits de texte empruntés à Samuel Beckett.

Son solo est intensément fraternel.

5. The Breathing show. Il a 50 ans et une éternelle jeunesse athlétique. Bill T. Jones joue sa vie dans un show aérien au Relais culturel de Château Rouge à Annemasse. Il rend aussi hommage, en douceur, aux disparus, dans un spectacle aussi ludique que poignant.