Cinéma

Les 50 meilleurs films de tous les temps, selon les critiques suisses

Au moment où les Césars et les Oscars récompensent les meilleurs films de l’année, «Le Temps» publie les résultats d’un sondage exclusif. Sans surprise, la critique suisse sacre «Citizen Kane». Des classiques mais pas seulement

Quel critique de cinéma ne s’est jamais vu poser cette question: quels sont tes films préférés? Y répondre, c’est faire des choix pas faciles, certes, mais surtout postuler que tel long-métrage a intrinsèquement plus de valeur que tel autre. Mais comment, objectivement, comparer un film expressionniste allemand muet avec un chanbara japonais ou une œuvre de science-fiction?

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Au-delà de ces considérations morales, la critique a de tout temps aimé établir des listes. En 1952, la revue britannique Sight & Sound décidait par exemple de faire appel à un vaste panel de journalistes pour établir un top 50. C’est sur ce modèle que Le Temps a eu cette idée: demander aux membres de l’Association suisse des journalistes cinématographiques de lui envoyer une liste d’une trentaine de films qu’ils considèrent comme les plus importants.

Au final, 59 critiques de tous âges et actifs sur différents supports (grands journaux établis, médias audiovisuels, presses régionale et locale, sites web, blogs) se sont prêtés au jeu. Avec cette simple règle: un point pour chaque film cité. Au total, quelque 800 titres différents ont été proposés, et 336 ont obtenu deux voix ou plus.

Kubrick en tête

Les 50 longs-métrages dévoilés ci-contre sont donc, selon la critique helvétique, incontournables pour quiconque s’intéresse au cinéma. C’est comme cela d’ailleurs qu’il faut lire cette liste: comme une proposition de films à voir pour comprendre la puissance d’un médium dont on dit qu’il est une fenêtre ouverte sur le monde, ou qu’il a le don de révéler l’invisible. Le classement global révèle que le réalisateur ayant obtenu le plus de votes pour ses différents films est Stanley Kubrick – huit longs-métrages cités pour un total de 59 voix.

Il est suivi par Alfred Hitchcock et Francis Ford Coppola, avec tous deux six films et 44 voix. Ingmar Bergman est par contre le cinéaste qui place le plus grand nombre de ses réalisations dans cette liste (neuf), mais la majorité avec seulement une ou deux voix.

La folie Erdmann

Ce top 50 comporte aussi quelques surprises, comme la flatteuse 4e place ex aequo de Pulp Fiction et la présence des récents Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Under the Skin et surtout Toni Erdmann. Cela trahit la présence, parmi les 59 participants, d’une bonne proportion de jeunes critiques. Et cela montre que l’histoire du cinéma n’est heureusement pas figée, mais en mouvement perpétuel. Une quasi-certitude: le choc qu’ont ressenti certains face à la folie de Toni Erdmann va s’estomper et, si l’on refaisait ce sondage dans dix ans, ce film ne figurerait probablement pas dans les cinquante premières places.

N°1: Citizen Kane, Orson Welles, Etats-Unis, 1941

Avec 24 points

Le chef-d’œuvre d’Orson Welles comme le plus grand film de tous les temps, est-ce vraiment une surprise? Non, assurément. Mais impossible de ne pas s’incliner religieusement face à ce long-métrage de légende. Rappelons avant tout qu’il s’agit là du premier film de son auteur, âgé alors de 25 ans seulement! La simple lecture du scénario de Citizen Kane donne des frissons tant le récit – construit en une succession de flash-back suite à la mort de Charles Foster Kane, un magnat de la presse inspiré de William Randolph Hearst et incarné par Welles lui-même – est vertigineux. La mise en scène du film est, elle, d’une maîtrise totale et d’une modernité folle. Des cadrages aux profondeurs de champ, du mixage son aux éclairages, du montage au recours audacieux à cinq narrateurs différents, tout touche au sublime. Rosebud forever.

N°2: 2001: L’odyssée de l’espace, «2001: A Space Odyssey», Stanley Kubrick, Grande-Bretagne/Etats-Unis, 1968

Avec 21 points

Il y a des films de science-fiction. Et il y a 2001. Long-métrage à la fois spectaculaire et expérimental, il symbolise parfaitement la capacité du cinéma à divertir, à fasciner, à dérouter, à questionner. Sa profondeur métaphysique et sa virtuosité esthétique, comme son utilisation virtuose de la musique et sa célébrissime introduction préhistorique, en font une œuvre inépuisable que l’on peut voir et revoir encore et encore sans avoir l’impression de l’épuiser. Impossible, depuis sa sortie, de se frotter à la science-fiction sans forcément à un moment ou à un autre s’y référer, comme le prouvent d’innombrables emprunts, citations et détournements.

N°3: Apocalypse Now, Francis Ford Coppola, Etats-Unis, 1979

Avec 19 points

Afin d’apprécier pleinement ce grand film de guerre, il faut impérativement le voir dans sa version Redux sortie en 2001 et longue de 194 minutes. Film épique et ambitieux librement adapté d’Au cœur des ténèbres, une nouvelle de Joseph Conrad publiée en 1899, Apocalypse Now a été tourné un an à peine après le retrait des troupes américaines du sud-est asiatique. Sa dernière partie, avec l’apparition fantomatique du colonel Kurtz incarné par un Marlon Brando plus troublant que jamais, fait partie de ces moments de cinéma qui obsèdent durablement. Le film partage avec 2001: l’Odyssée de l’espace une dimension philosophique le rendant inépuisable.

N°4: Avec 16 points ex-aequo

Pulp Fiction, Quentin Tarantino, Etats-Unis, 1994

Il suffit de se trémousser doucement et de passer deux doigts devant ses yeux pour évoquer le film du bouillonnant Tarantino, cinéaste cinéphile à la boulimie contagieuse. D’abord film générationnel, Pulp Fiction s’est imposé au fil des ans comme un classique. Notamment parce qu’il a révolutionné l’art du montage avec sa narration en puzzle.

Boulevard du crépuscule, «Sunset Boulevard», Billy Wilder, Etats-Unis, 1950

Non seulement un des plus grands films noirs de l’histoire, mais aussi une des plus puissantes évocations de Hollywood par Hollywood. Boulevard du crépuscule parle d’ambition et de fiction, Billy Wilder y démontre avec maestria son talent de directeur d’acteur.

N°5: Avec 13 points ex-aequo

Rashōmon, Akira Kurosawa, Japon, 1950

Blade Runner, Ridley Scott, Etats-Unis/Grande-Bretagne/Hongkong, 1982

Sueurs froides, «Vertigo», Alfred Hitchcock, Etats-Unis, 1958

N°6: Avec 12 points ex-aequo

Psychose, «Psycho», Alfred Hitchcock, Etats-Unis, 1960

A bout de souffle, Jean-Luc Godard, France, 1960

Fargo, Joel et Ethan Coen, Etats-Unis/G.-B., 1996

Le Parrain, «The Godfather», Francis Ford Coppola, Etats-Unis, 1972

Casablanca, Michael Curtiz, Etats-Unis, 1942

N°7: Avec 10 points ex-aequo

Stalker, Andreï Tarkovski, Union soviétique, 1979

Il était une fois dans l’Ouest, «C’era una volta il West», Sergio Leone, Italie/Etats-Unis, 1968

Shining, «The Shining», Stanley Kubrick, Grande-Bretagne/Etats-Unis, 1980

N°8: Avec 9 points ex-aequo

Les Temps modernes, «Modern Times», Charlie Chaplin, Etats-Unis, 1936

Le Dictateur, «The Great Dictator», Charlie Chaplin, Etats-Unis, 1940

M le maudit, «M – Eine Stadt sucht einen Mörder», Fritz Lang, Allemagne, 1931

Toni Erdmann, Maren Ade, Allemagne/Autriche/Suisse/Roumanie, 2016

Orange mécanique, «A Clockwork Orange», Stanley Kubrick, Etats-Unis/Grande-Bretagne, 1971

Taxi Driver, Martin Scorsese, Etats-Unis, 1976

N°9: Avec 8 points ex-aequo

Mulholland Drive, David Lynch, Etats-Unis/France, 2001

Le Guépard, «Il gattopardo», Luchino Visconti, Italie/France, 1963

Jeux dangereux, «To Be or Not to Be», Ernst Lubitsch, Etats-Unis, 1942

Le Parrain 2, «Mario Puzo’s The Godfather: Part II», Francis Ford Coppola, Etats-Unis, 1974

Alien, le huitième passager, «Alien», Ridley Scott, Etats-Unis/Grande-Bretagne, 1979

Certains l’aiment chaud, «Some Like It Hot», Billy Wilder, Etats-Unis, 1959

Les Sept samouraïs, «Shichinin no samurai», Akira Kurosawa, Japon, 1954

L’Aurore, «Sunrise: A Song of Two Humans», Friedrich W. Murnau,
Etats-Unis, 1929

Chantons sous la pluie, «Singin’in the Rain», Gene Kelly et Stanley Donen, Etats-Unis, 1952

N°10: Avec 7 points ex-aequo

Fight Club, David Fincher, Etats-Unis/Allemagne, 1999

Amarcord, Federico Fellini, Italie/France, 1973

Under the Skin, Jonathan Glazer, Grande-Bretagne/Etats-Unis/Suisse, 2013

Voyage à Tokyo, «Tōkyō monogatari», Yasujirō Ozu, Japon, 1953

Le Voleur de bicyclette, «Lardi di biciclette», Vittorio De Sica, Italie, 1948

Le Cuirassé Potemkine, «Bronenosets Potyomkin, Sergueï M. Eisenstein, Union soviétique, 1925

Le Septième Sceau, «Det sjunde inseglet», Ingmar Bergman, Suède, 1957

Chinatown, Roman Polanski, Etats-Unis, 1974

La Règle du jeu, Jean Renoir, France, 1939

Les Affranchis, «Goodfellas», Martin Scorsese, Etats-Unis, 1990

La Mort aux trousses, «North by Northwest», Alfred Hitchcock, Etats-Unis, 1959

Lost Highway, David Lynch, Etats-Unis/France, 1997

Matrix, «The Matrix», The Wachowskis, Etats-Unis, 1999

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Michel Gondry, Etats-Unis, 2004

Memento, Christopher Nolan, Etats-Unis, 2000

In The Mood For Love, Wong Kar-wai, Hongkong/Chine, 2000

Raging Bull, Martin Scorsese, Etats-Unis, 1980

La Ruée vers l’or, «The Gold Rush», Charlie Chaplin, Etats-Unis, 1925

Metropolis, Fritz Lang, Allemagne, 1927

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