Même les touristes de passage à La Nouvelle-Orléans, les amateurs de jazz ou de débauche qui s’agglutinent tous les week-ends dans ce royaume des cuivres et de la cuite, même ceux-là ne pouvaient pas ignorer l’existence du rappeur 5th Ward Weebie, mort le 9 janvier à l’âge de 42 ans. Sur Decatur Street, en plein cœur du Vieux Carré, dans la moelle historique de la ville, entre la House of Blues et le B.B. King Club, depuis plusieurs années, une fresque fait honneur à son visage gourmand. On reconnaît son crâne ras, ses lobes affaissés par le poids des diamants et les lunettes noires XXL, proportionnelles à la taille de son rire qui dévoilait ses canines dorées. Propulsé par une étincelle écarlate, le portrait crève le mur, comme le morceau auquel il fait référence.

En 2013, Let Me Find Out (qu’on peut traduire par «Je parie que…») avait dynamité les ondes, colonisé les oreilles puis les bouches de ses habitants: «Let me find out that Gucci purse not real/Let me find out you got that internet deal […]/Let me find out your best friend took your man/Let me find out they posting pics on Instagram/Let me find out you wear that corner store jewelry/Let me find out you got them diamonds that’s blurry/Let me find out you ain’t got money for the rent» (Je parie que ton sac Gucci est en toc/Je parie que tu l’as acheté sur internet […]/ Je parie que ta meilleure amie t’a piqué ton mec/Je parie qu’ils postent des photos sur Instagram/Je parie que tu portes les bijoux du magasin du coin de la rue/Je parie que tu leur as pris des faux diamants/Je parie que tu n’as pas de quoi payer ton loyer).