En milieu de projection, vendredi matin, une partie du public s'est mise à rire devant Une Vieille Maîtresse de Catherine Breillat, et quelques critiques parisiens, reconnaissables à leur accent, se sont mis à hurler: «Arrêtez de rire, bande de connards!» Cannes a alors cru tenir enfin son scandale 2007. C'était bien le moins de la part de Catherine Breillat, qui a il y a peu cherché, sans la grâce de ses meilleurs films passés (Sale comme un ange, Parfait Amour!), à marier films d'auteur et scènes de sexe, et qui a dirigé, en prenant des poses d'intellectuelle incomprise, l'étalon du porno italien Rocco Siffredi (Romance X).

Sauf que Catherine Breillat, peut-être jalouse que sa collègue Pascale Ferran ait réussi avec Lady Chatterley ce qu'elle-même avait initié, a décidé cette fois de ne rien transgresser. Comme Ferran, elle adapte, en costumes, un classique de la littérature signé Jules Barbey d'Aurevilly. L'histoire d'un don Juan qui va se marier avec la très pure Hermangarde, alors qu'il est lié avec sa maîtresse espagnole, l'hystérique Vellini (jouée par l'hystérique Asia Argento).

Devant cet étalage d'antiquaire et ces acteurs qui déblatèrent leurs dialogues comme dans un mauvais Rohmer, la prise de bec entre critiques, éteinte d'elle-même par la banalité visuelle et narrative de la seconde partie du film, n'avait en fait trait qu'au ridicule de l'ouvrage.

Rien à voir avec les polémiques provoquées, autrefois sur la Croisette, par La Grande Bouffe de Marco Ferreri, L'Humanité de Bruno Dumont, Irréversible de Gaspar Noé ou History of Violence de David Cronenberg. La 60e édition n'aura donc pas connu le moindre scandale.