Après une absence de la compétition 2007 ressentie comme un affront dans la Péninsule, l'Italie fait son grand retour à Cannes cette année. Avec Gomorra de Matteo Garrone et Il Divo de Paolo Sorrentino en compétition, sans oublier Sanguepazzo de Marco Tullio Giordana en séance spéciale, la fierté de l'ex-grande nation du cinéma est sauve. Par contre, sans vouloir préjuger du film de Sorrentino (sur «l'inoxydable» Giulio Andreotti) présenté jeudi, la véritable embellie risque encore de se faire attendre: trop «léger» pour les grands festivals, plus assez à la mode pour le circuit commercial, le meilleur cinéma italien paraît condamné à passer inaperçu.

Prenez Gomorra, 6e long-métrage du Romain Matteo Garrone: alors que tout le monde semblait étonné de ses qualités, son sujet très dur (la Camorra napolitaine), son absence de vedettes et sa durée un brin excessive (2h15) n'en feront un favori de personne. Basé sur le best-seller éponyme de Roberto Saviano, grand spécialiste du sujet, le film mêle plusieurs trames narratives pour brosser une fresque complexe où les mots de mafia et de Camorra brillent par leur absence. Mais entre l'histoire de deux jeunes «chiens fous», celle d'un homme d'affaires spécialisé dans les déchets toxiques, celle d'un discret porteur de «paies», celle d'un tailleur qui collabore avec les concurrents chinois et celle d'un garçon précocement enrôlé dans la «sécurité» de son quartier, le point commun ne fait guère de doute.

L'approche est originale, qui évite pour une fois parrains et juges. Déjà remarqué pour un très noir L'Imbalsamatore (L'Etrange Monsieur Peppino) à la Quinzaine des réalisateurs 2002, Garrone marie bien néoréalisme et écran large. Son décor principal, un gigantesque immeuble de banlieue en voie de délabrement, est mémorable et sa vision du Mezzogiorno comme poubelle du pays donne la chair de poule. Mais, pour finir, un trait un peu appuyé et un certain défaitisme vont malgré tout contre l'effet de «réalisme qui secoue» recherché.

Couple maudit du cinéma fasciste

Tout autre (à part la durée de 2h30) est Sanguepazzo de Giordana, acclamé ici même en 2003 pour Nos meilleures années mais flingué deux ans plus tard pour Une fois que tu es né... Disposant enfin des moyens nécessaires, le Milanais a réactivé un vieux projet: raconter l'histoire du «couple maudit» du cinéma fasciste Osvaldo Valenti et Luisa Ferida, exécutés par la Résistance en 1945. Reconstitution historique qui interpole quelques documents d'époque, le film est porté par ses stars, Monica Bellucci et Luca Zingaretti (de 10 ans plus âgés que leurs modèles). Si le sujet est passionnant et l'approche plutôt intelligente, une certaine impression d'académisme, de prudence excessive prédomine toutefois. Zingaretti est formidable en Valenti, dandy cocaïnomane qui finit par se compromettre avec la République de Salò, mais le rôle dont hérite Alessio Boni, composite fictif de cinéaste viscontien, également épris de Ferida, est à peine défendable. Et alors que Giordana s'efforce de faire la part des ragots et d'une vérité plus prosaïque, on en vient presque à regretter une version plus scandaleuse signée Liliana Cavani (Portier de nuit). Un comble...