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En 2009, pour les vingt ans de la chute du mur de Berlin, des artistes étaient invités à «Ecrire le Mur».
© THOMAS PETER / Reuters

Caractères

Action poétique

CHRONIQUE. Quand la poésie envahit les murs…

Le site ActuaLitté, toujours à l’affût des dernières nouvelles littéraires, raconte cette semaine l’histoire de Luis Santos. En 2013, inspiré par le poète mexicain Armando Alanís Pulido et son projet d’Action poétique (Accion poetica), cet homme se présente à la mairie de Colmenar del Arroyo avec un projet: peindre sur les murs de ce village, le sien, des vers, des citations tirées d’œuvres littéraires. Ainsi fut fait et la vie du village en fut transformée. Car, malgré la disparition prématurée de Luis Santos, qui laissa pour legs une liste de belles citations, les habitants se prirent au jeu avec enthousiasme et offrirent leurs façades blanches au pinceau et aux mots. Colmenar del Arroyo, à 55 kilomètres de Madrid, devint ainsi un pueblo en verso, un lieu de poésie où vit le jour un festival littéraire.

Voilà qui me ramène à l’instant d’une rencontre, celle de cet artiste hollandais, armé d’un pinceau et d’une échelle, occupé à peindre les vers du Bateau ivre sur un mur, le long d’une rue, à deux pas de la place Saint-Sulpice à Paris. Par une de ces coïncidences qui vous font croire l’espace d’un moment que vous êtes une nouvelle Nadja, héroïne d’une dérive contemporaine et surréelle, j’arrivais juste au milieu de l’exécution du poème par un certain Jan Willem Bruins. Fascinée, je l’observe. Je l’interroge. «Un acte spontané? Un graffiti audacieux?» «Très officiel, au contraire. Un don des Pays-Bas à la France», m’explique-t-il avec un accent qui semble venir directement des Indes néerlandaises, de Java où Rimbaud, justement, fit un tour. «Un don de la Hollande? Peut-être à cause des «blés flamands», me dis-je, contemplant pensivement «ces dorades/Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants» qui viennent d’apparaître sous le pinceau du calligraphe.

Officielles ou officieuses, les interventions poétiques dans l’espace urbain tracent de nouveaux chemins, ouvrent des trompe-l’œil, des portes dérobées. Les mots sur les murs détournent le réel, le revitalisent, s’en moquent aussi parfois. J’apprends ainsi, cherchant des traces du mur de la rue Férou – car c’est là qu’est Le bateau ivre, que celui-ci appartient au Centre des finances publiques: contribution poétique au bien commun, donc.

J’aime cette guérilla des mots qui fait apparaître des poèmes de Desnos à un arrêt de tram à Genève. Ce projet plus communal qui dépose des phrases de Bernard Marie-Koltès sur les bus de sa ville, Metz. Les mots des écrivains suisses aussi dans certains wagons des CFF. Et ce n’est qu’un début, le combat doit continuer: l’action poétique n’a pas encore écrit son dernier mot.

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