Série TV

«Ad Vitam», et advienne que pourra

La série d’anticipation, dont la diffusion commence ce jeudi sur Arte, plonge dans un monde qui a vaincu la mort. Cette possibilité est d’abord perçue comme un soulagement. Mais la vie éternelle se révèle trouble et décevante

Plongée dans la pénombre, la ville est soudain illuminée de mille feux. Un gigantesque feu d’artifice éclate dans cette station balnéaire futuriste pour rendre hommage à la doyenne de l’humanité. Son visage, qui n’a pas une ride, tourne en boucle à la télévision. La vie éternelle est célébrée en grande pompe. Ad Vitam, nouvelle série d’anticipation diffusée à partir de jeudi sur Arte, plonge dans un monde où la mort n’est plus qu’un concept abstrait et lointain. L’humain est soulagé de ce poids qui pesait sur son existence.

Pourtant, un matin, on découvre sur une plage les corps de sept jeunes gens qui se sont suicidés. Un grain de sable qui pourrait tout faire basculer. Darius (Yvan Attal), un policier de presque 120 ans, va mener l’enquête sur cet événement mystérieux. Est-ce le fait d’une secte? Un acte politique? L’expression de la détresse d’une jeunesse déconsidérée? Deux points noirs tatoués sur le corps d’une des victimes le mettront sur la piste d’un mouvement opposé à la jeunesse éternelle.

Pour infiltrer cette communauté de récalcitrants, il fait appel à Christa. La jeune femme, interprétée par la talentueuse Garance Marillier, est enfermée dans un centre psychiatrique après avoir tenté de mettre fin à ses jours. «C’est l’histoire de quelqu’un qui essaie de croire en la vie et quelqu’un qui n’y croit plus, dans un monde où la mort a disparu», résumait en mai Thomas Cailley, cocréateur et réalisateur de la série, lors du festival lillois Séries Mania. A cette occasion, la fiction a été élue meilleure série française par le jury de la presse internationale.

Questionnement philosophique

Cette projection dans un avenir proche ne se réduit pas à une enquête policière. Elle dépasse cette intrigue pour prendre le pouls d’une société troublée. Les dilemmes existentiels du vieux policier et de la jeune rebelle donnent vie à un questionnement philosophique, voire spirituel. Quel sens donner à sa vie lorsque celle-ci est infinie? Il n’est plus question de retraite, mais de reconversions professionnelles. Il n’est plus question d’aventures amoureuses impromptues, mais de probabilités mathématiques de vivre une relation. Alors que notre société fantasme sur l’immortalité, Ad Vitam présente une révolution aux conséquences désastreuses. Dans ce monde fictif, l’humain semble condamné à errer éternellement.

Les instants de bonheur sonnent faux et une grande froideur se dégage de cet univers, à l’image de la machine qui leur permet d’accéder à l’immortalité. Ils s’allongent dans une cabine, aux allures de cercueil, pour commencer le processus de régénération cellulaire. Une technologie pointue qui projette instantanément le spectateur dans l’inconnu, comme d’autres éléments du décor. «Des détails révèlent que ce n’est pas notre monde, expliquait Thomas Cailley. Pour que la fable fonctionne, elle ne doit pas être ancrée dans le réel.»

Lire notre reportage: Cryogénisation: dans l’antichambre de l’immortalité

Si elle n’est pas ancrée dans le réel, l’histoire n’est pas non plus nécessairement dans le futur. Ce monde est hors du temps, hors cadre. Les humains sont toujours hypnotisés par les chaînes d’information en continu, conduisent des voitures thermiques et lisent des magazines sur papier glacé. Un environnement qui colle au monde contemporain, comme pour mieux interpeller le spectateur.

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