Cinéma

Adieu à Maureen O’Hara, reine du Technicolor

L «Irlandaise de feu» qui avait conquis Hollywood, chère à John Ford et John Wayne, est décédée samedi à 95 ans

Elle se serait éteinte entourée de sa famille en écoutant la musique de son film favori, «L’Homme tranquille». Morte à 95 ans, vedette d’une cinquantaine de films sur trois décennies, Maureen O’Hara aura vraiment mérité son titre de légende hollywoodienne. L’an dernier, elle se rendait encore de sa maison de Boise, dans l’Idaho, à Los Angeles pour recevoir, en chaise roulante, un Oscar honorifique des mains de deux admirateurs déclarés, Clint Eastwood et Liam Neeson. Star et combative jusqu’au bout, l’Irlandaise, même si elle n’était plus apparue à l’écran depuis l’an 2000 et ses 80 ans!

Fatalement un peu oubliée aujourd’hui, cette rousse flamboyante restera à jamais liée à l’univers de son compatriote John Ford, qui fit d’elle – pour le meilleur et pour le pire – l’incarnation de son idéal féminin. Car si elle tourna également sous la direction d’Alfred Hitchcock, de Jean Renoir, de Nicholas Ray ou de Sam Peckinpah, ce ne fut jamais dans leurs meilleurs films. Mais les cinéphiles les plus pointus vénèrent aussi la «reine du Technicolor», héroïne par excellence de films de pirates, d’aventures orientales ou de westerns qu’elle incendiait par son physique spectaculaire et son tempérament fougueux.

De Charles Laughton à John Ford

Maureen O’Hara était née Maureen FitzSimons le 17 août 1920 à Milltown, dans la banlieue sud de Dublin. Fille d’un entrepreneur et d’une comédienne, elle fut précocement certaine de sa vocation, débutant à 15 ans au fameux Abbey Theatre et à 18 au cinéma. Remarquée par le grand acteur Charles Laughton et son associé d’un moment, le producteur allemand Erich Pommer, elle est alors rebaptisée pour devenir l’héroïne de leur adaptation de «La Taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn)» de Daphné du Maurier – un drame historique peu caractéristique réalisé par Hitchcock et leur dernier film anglais à tous trois.

On est en 1939 et, à la suite de ce gros succès public, Laughton l’entraîne à Hollywood où il l’impose en Esmeralda dans le «Quasimodo (The Hunchback of Notre Dame)» de William Dieterle, d’après Victor Hugo. Ils se retrouveront encore une fois dans «Vivre libre (This Land Is Mine)», film de propagande méconnu réalisé par Jean Renoir durant la guerre. La RKO ne sachant apparemment que faire de sa nouvelle recrue, Maureen signe un contrat à la 20th Century Fox pour devenir l’aînée des enfants d’une famille de mineurs gallois dans l’inoubliable «Qu’elle était verte ma vallée» de John Ford (1941). Sa beauté altière complète à merveille la dignité du pasteur incarné par Walter Pidgeon; la voici vraiment lancée.

Fière aventurière ou mère tranquille

L’année suivante, le film de guerre «To the Shores of Tripoli» révèle la formidable photogénie de Maureen O’Hara en couleurs, avec sa chevelure rousse, ses yeux verts et son teint d’albâtre. Dès lors, sa carrière alternera entre différents genres contemporains traités en noir et blanc et des fantaisies historiques en Technicolor. Elle flambe vraiment dans le film de pirates «Le Cygne noir» de Henry King, qui use à merveille de son tempérament face à l’idole romantique Tyrone Power. Suivront d’autres classiques tels que «Pavillon noir (The Spanish Main)» de Frank Borzage et un «Sinbad le marin» face à Douglas Fairbanks Jr. Mais ses plus gros succès n’en sont pas moins deux comédies: l’increvable classique de Noël, «Miracle sur la 34e rue» de George Seaton et «Bonne à tout faire (Sitting Pretty)» de Walter Lang, qui lui offrent ses premiers rôles de mère.

Dans les années 1950, alors que ses partitions tendent à se répéter dans des bandes de moindre intérêt, elle a la chance de retrouver John Ford, qui l’associe à John Wayne dans «Rio Grande», troisième volet de sa «trilogie de la cavalerie». Ils enchaînent avec ce qui restera son film de référence, «L’Homme tranquille (The Quiet Man)», en 1952, ode du cinéaste à son pays d’origine où elle est la fière Mary Kate Danaher, qui donne bien du fil à retordre au héros revenu des États-Unis. Suivront encore des rôles d’épouses plus conventionnels dans les drames militaires «Ce n’est qu’un au revoir (The Long Gray Line)» et «L’Aigle vole au soleil (The Wings of Eagles)».

À la même époque, on peut aussi regretter que sa scandaleuse héroïne dans la légende médiévale «Lady Godiva» n’ait pas trouvé un cinéaste plus inspiré que le falot Arthur Lubin ou qu’elle soit juste décorative dans le plus ambitieux «Notre Homme à La Havane» de Carol Reed d’après Graham Greene! C’est ainsi que celle qui n’hésitait pas à ferrailler avec les hommes – pour mieux se soumettre ensuite, déploraient les féministes – finit par devenir le symbole même de la femme «domptée».

Adieux à Hollywood

C’est curieusement avec cette incarnation du classicisme hollywoodien que Sam Peckinpah, jeune iconoclaste venu de la télévision, fera son premier long-métrage, le western «New Mexico (The Deadly Companions», 1961). Protégée par son frère producteur, Maureen O’Hara paraît y évoluer dans un autre film que ses partenaires, d’où un résultat bancal. Dès lors, elle se contentera durant les années 1960 d’apparaître aux côtés d’autres veilles gloires telles que James Stewart («Mr. Hobb’s Takes a Vacation», «Shenadoah»), John Wayne («Le Grand McLintock», «Big Jake») et Henry Fonda («Spencer’s Mountain», «Le Poney rouge»).

Dans les années 1970, ayant assisté au déclin de son type de cinéma, elle se retire en Irlande après la mort de son dernier mari et se consacre à la publication de magazines.

Moins chanceuse en amour, elle avait connu deux premiers mariages ratés, avec le britannique George H. Brown, futur producteur, et le père de sa fille Bronwyn Will Price, cinéaste velléitaire et alcoolique. Après une longue relation avec le politicien mexicain Enrique Parra Hernandez, ex-ministre du gouvernement Aleman, elle rencontre l’aviateur Charles F. Blair Jr. qui devient son mari en 1968 mais disparaît dans un accident d’avion dix ans plus tard.

En 1991, Maureen O’Hara surprit tout le monde avec un come-back en mère possessive de John Candy dans la comédie romantique «Ta mère ou moi!» (Only the Lonely) de Chris Columbus. Trois téléfilms plus tard, elle bouclait sa brillante carrière en signant son autobiographie «’Tis Yourself» (2004), et, en 2013, retournait aux États-Unis pour finir ses jours auprès de son petit-fils et de sa famille.

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