Faisons, pour un tour, dans la frivolité: ce qui ne va pas me faire des copains…

Vous le savez, les jolis moutons, dans les montagnes, sont capables de suivre, sans hésitation, le premier d’entre eux qui se jette dans le vide.

Heureusement, la bêtise d’une belle partie du public, en particulier adolescent, ne va pas les amener à s’écraser sur les roches alpines. Mais elle est tout de même à relever.

Tout récemment, Sylviane Roche dénonçait l’aspect proprement débile de porter des jeans troués aux genoux. C’est en effet une insulte au bon sens. Payer un pantalon plus cher qu’un standard, pour une démarche prétendument esthétique, qu’y a-t-il de plus absurde? Une véritable insulte aux pauvres.

On veut nous présenter la mode comme un grand art. Si on a un minimum de culture dans ce domaine, on sait bien qu’on n’invente entre rien du tout et pas grand-chose. De temps en temps une trouvaille, une rupture. Beaucoup d’allers et de retours. Il suffit de feuilleter les magazines sur presque un siècle. On y trouve tout. D’innombrables variantes. De l’élégance, du raffinement, mais aussi de la vulgarité, souvent bien proche de ce que l’on propose comme découverte géniale des années après.

Nombre de marques ne sont pas d’aujourd’hui. Hugo Boss a été créé en 1924, ce qui leur a permis de travailler avec la Wehrmacht…

Osons, ô scandale, dire que les sacs Freitag, c’est du bidon pour bobos, afin de compléter l’uniforme noir de nos amis graphistes ou architectes. Au départ, il s’agissait de bâches et de matériel de récupération: donc écolo. Ce qui n’empêche pas les frangins de vendre des sacs à plus de 300 francs.

C’est aussi grotesque que les toiles cirées imprimées des sacs Louis Vuitton. Qui vend ce qui n’est rien d’autre, en grande partie, que du matériel synthétique, au prix de belles peaux de serpent.

Nombre de jeunes gens ont un sacré manque de personnalité. Stupidement, ils imitent les tics des acteurs des séries TV américaines, en se baladant dans la rue avec une boisson brandie bien droit dans la main. Un café Starbucks qui aura coûté entre cinq et huit francs, acheté en self-service, emballé dans du carton qui, en hiver, va se refroidir rapidement, sans parler du bilan écologique assez moyen de cette nouvelle mode hors de prix… Alors que, par exemple, Nespresso ou ses concurrents nous proposent en trois minutes un vrai café à l’italienne, en tasse, chaud pour 50 centimes. L’inutile balade sur les trottoirs avec un gobelet, c’est un choix «culturel» qui est manifestement véhiculé par le petit écran: singerie servile, ressentie comme valorisante et prétendument branchée.

De même, les fameux vidéoclips de chanteurs influencent de nombreux jeunes gens: le rap engendre une manière saccadée de parler, habituellement assez pauvre. Un certain «verlan» leur procure une impression clanique, permettant de se croire fort à peu de frais.

De grands gaillards se sentent en communauté en portant leur casquette à l’envers. Les filles finissent par croire que la séduction passe essentiellement par des vêtements (c’est peut-être trop dire) provocants, assez putes. Et elles doivent se soumettre à des mâles munis de splendides colliers dorés, qui les accueillent au volant de décapotables aux couleurs criardes. Il ne leur manque qu’une Lamborghini. Et ces adorables jeunes gens ne se rendent même pas compte qu’ils sont manipulés.

Dans ce cadre, impossible de ne pas rompre une lance contre les capuches! Cette précaution est souveraine, pour se protéger du blizzard, voire de la bruine. Mais se dérober, se camoufler, même en plein jour, comme certains, à quelle fin? On n’est pas très loin du hijab féminin.

Et parmi les étrangetés de l’époque, l’artiste Ben me disait l’autre jour, à Bâle: jeter une cigarette à terre est un scandale, alors que se balader entièrement nu au bord du Rhin n’est pas une incongruité!

Manque plus que de se moquer de la tenue de nos cyclistes du week-end, en tenue fluo. On est loin de «Jules et Jim".

Certes, la mode a influencé les comportements et réciproquement à toutes les époques. Mais certaines références étaient moins bas-de-gamme qu’actuellement. Aujourd’hui, entre autres, on participe à un show de téléréalité et on devient une idole qui déclenche des émeutes auprès des ados. Quelle perte de sens esthétique et individuel. Une hymne à la laideur.