« Il est trop cooooool se cittttte car au moins C pa les copains qui te reponde en fonction de se qui pense de se que l on veut entendre » : ce site ? C’est www.ciao.ch, une plateforme suisse romande spécialisée dans l’information et la prévention auprès des jeunes générations.

Créé en 1997, soutenu par une quinzaine d’associations, le site est rapidement devenu, au milieu de la kyrielle de ceux qui se sont créés en Suisse romande pour répondre à tel ou tel problème sectoriel des jeunes générations (Pro Juventute, telme.ch, lafamily.ch, oxyjeunes.ch, Antenne Jeunes, SOS.enfants.ch, bemyangel.ch, etc), une référence généraliste: parce qu’il contient une noria d’informations sur ce qui fait la vie quotidienne et les états d’âme de la population à laquelle il s’adresse.

Conscient cependant qu’un tel site doit non seulement informer, mais faire ses usagers dialoguer en permanence entre eux, Ciao avait misé jusqu’à peu sur des blogs portés par sa plateforme. Bilan de l’opération: mitigé. Selon Eva Fernandez, directrice de Ciao, « les blogs qu’organisait Ciao exigeaient trop de travail pour un résultat moyen. Au surplus, les utilisateurs communiquaient entre eux via les rubriques Coups de cœur-Coups de gueule. Des rubriques utilisées comme de véritables forums ».

L’idée a donc germé, chez ces spécialistes du terrain, mais dotés de ressources comptées, de créer une plateforme de forums spécifiques sur Ciao: «Echanger», c’est son nom. Une idée qui n’a rien de révolutionnaire. Mais qui recèle un apparent paradoxe: à l’heure de la multiplication des pages et profils sur les réseaux sociaux, et en particulier Facebook, le recours aux bons vieux forums faisait-il sens ?

Eva Fernandez n’en doute pas: « Les adolescents sont bien plus malins et ont des pratiques bien plus sériées que l’on croit avec les instruments numériques de communication. Facebook, pour eux, ce sont les amis, les connaissances. On y dit ses enthousiasmes, on s’y positionne vis-à-vis de son cercle d’amis… mais on ne s’y ouvre pas des problèmes que l’on éprouve parfois au plus intime de soi-même. On n’y pose pas de questions embarrassantes. On n’y témoigne pas de sa perplexité, de son besoin de conseil ».

Parler de ce qui fait mal, de ce qui inquiète, de ce qui turlupine, nécessite donc pour les jeunes usagers un environnement sûr, la garantie de ne pas être jugé, de pouvoir se lâcher sans se prendre en retour moqueries et quolibets.

Et quels sont les sujets qui marchent sur la platteforme de Ciao ? Si l’on devait résumer, on dira que ce sont ceux qui impliquent activement le regard des autres : l’amour et l’amitié, les menus problèmes de couple («Je crois que j’aime toujours mon ex» ; « il me pelote et je commence à en avoir ma claque » ; « je sors avec un fumeur » ; « j’ai l’impression d’être violée, mais pas directement », « mes parents le maquillage et moi… ») .

Et pas de surprise aussi : ce sont les filles, en majorité, qui posent les questions et donnent les réponses. Les garçons ne parlent pas de leurs problèmes et de leurs interrogations. A une exception près : ils s’ouvrent volontiers sur les jeux vidéo.

Comme son nom l’indique, la plateforme des forums thématiques de Ciao laissent les usagers poser et répondre à des questions, commenter. Et surtout se conseiller entre pairs, un des maîtres-mots du discours préventif moderne. Auquel s’ajoute cet autre maître-mot: la communication horizontale: «des études montrent combien cette horizontalité de la communication entre pairs concurrence la communication verticale», note Eva Fernandez.

Sur Ciao, les forums sont modérés a priori, mais à ce jour, peu de messages ont dû être refusés. Et quelque fois, les spécialistes de Ciao interviennent directement dans la conversation. « C’est très rare, note toutefois Eva Fernandez. Le but des forums c’est que la parole circule entre usagers. Mais, dans des cas extrêmes, nous intervenons. » Un exemple ? « Nous avons passé sur le forum « Moi et les autres » la question d’une adolescente de 13 ans ainsi libellée : Salut, moi j’ai 13 ans et j’ai déjà eu une trentaine de rapports avec des personnes d’environ 16 ans et qui me payent. Qu’est-ce que vous en penser ? Merci pour vos réponses… Nous avons discuté au sein de l’équipe si nous allionsou non passer cette intervention, dont nous ne pouvons savoir si elle correspond à une réalité ou s’il s’agit simplement d’une provocation ». Finalement, Ciao l’a passée, mais l’a assortie du commentaire suivant : « Ciao a publié ton sujet tout en se demandant (…) ce que tu penses toi-même de ces relations sexuelles commerciales que tu as eues, alors que tu es une toute jeune adolescente. Qu’attends-tu de l’avis des internautes? Nous te rappelons aussi que la prostitution est totalement interdite aux moins de 16 ans. Les personnes qui seraient tes clients se rendent passibles de poursuites pénales, c’est à dire qu’ils risquent la prison ».

Du côté des statistiques, après un mois à peine d’existence, la nouvelle rubrique « Echanger » qui regroupe les 49 pages des forums, totalise près de 7000 pages vues. Ce qui la place largement en tête du ratio pages produites/pages vues. Ces mêmes statistiques permettent à Eva Fernandez de constater une chose essentielle encore: « Il est des pages d’information, comme celle sur le tabac, par exemple, que les jeunes ne consultent pas volontiers sur le site. Mais que ce thème vienne à être abordé par le forum et l’audience est nettement meilleure ». Un signe pour la spécialiste, que la forme dialogique des forums, et un contenu produit par les intéressés eux-mêmes, constituent un vecteur très puissant d’information. Et comme les participants aux forums de Ciao manifestent, c’est Eva Fernandez qui le dit, « un bon sens à toute épreuve », la rubrique « Echanger » aura, sur Ciao, de beaux jours devant elle.