Sample and loop. Echantillonner et mettre en boucle. Pour une bonne part, la musique électronique s’en remet, structurellement, à ce saint binôme de composition: isoler un petit motif et le reproduire à l’envi. On ne s’en plaindra pas: la méthode crée des pièces naturellement propulsives, et permet au geste de la répétition d’être considéré à juste titre comme fertile. Mais il y a d’autres manières de procéder: il est possible de dissocier l’échantillon et la boucle, ou tout du moins de pervertir leurs rapports. On quitte alors le confort du retour du même pour des musiques dans lesquelles la part d’altérité, de différence, augmente.

Cette manière de faire a priori contre-intuitive a été choisie par le duo genevois African Ghost Valley, qui se produira ce samedi au Zoo de l’Usine dans le cadre du festival Présences Electroniques. A l’écoute des quelques pièces (disponibles sur WE et ARA, deux EP sortis cette année respectivement chez HLF/PIN et Hylé Tapes) lâchées par cette formation encore jeune (millésime 2014), on goûte les conflits internes qui les animent: c’est une faune de motifs que l’on découvre, certains ordonnés (rythmes, boucles régulières), d’autres moins (boucles irrégulières, ou de signatures incompatibles), d’autres encore complètement erratiques (éléments de field recording, sons de synthèse en grappes). Le tout constitue un parfait écosystème sonore, avec ses tensions, avec les antagonismes de ses représentants – métaphoriquement, on pourra dire qu’African Ghost Valley inaugure une forme de prédation musicale par laquelle les sons se pourchassent et s’entredévorent. On l’imagine: cet effet de synesthésie (la stimulation auditive devient mouvement et récit) n’est pas très éloigné du domaine du rêve – et l’onirisme, pour passer de la structure à l’effet de cette musique, est une matière que le duo maîtrise à merveille. C’est peut-être d’ailleurs en faisant ce détour du rêve que l’on peut expérimenter le caractère insaisissable des paysages d’African Ghost Valley: en équilibre toujours instable, énigmatiquement beaux, ils vibrent d’une vie parallèle.

Zoo de l’Usine, place des Volontaires 4, Genève. Sa 28 novembre. Rens. presenceselectroniques.ch