Son rire éclatant résonne dans ce café genevois. Angèle Monteleone, 41 ans et mère de famille comblée, s’illumine en décrivant la programmation de la première édition d’Afrik, Rire & Culture, un festival solaire dédié aux humoristes originaires des quatre coins de l’Afrique. «Ecoutez le répondeur de Saidou Abatcha et vous serez déjà tordu de rire», lance-t-elle avec une bonne humeur communicative. Le conteur-humoriste, qui revisite dans ses sketchs les proverbes de son continent et dénonce les dictatures, sera accompagné le 15 septembre par de nombreux talents, dont Frédéric Bukolé, comédien à découvrir sur Canal + dans Barbershop, ou Jean-Claude Muaka, repéré au sein du Jamel Comedy Club.

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A l’heure où le climat social est encore teinté de racisme – Cécile Djunga, qui figure parmi les humoristes invités, a fait le tour du web avec sa vidéo dénonçant les insultes quotidiennes qu’elle subit en tant que femme de couleur –, l’organisatrice de ce nouveau rendez-vous aspire à promouvoir la culture africaine en maniant l’humour comme facteur de cohésion sociale.

Le Temps: D’où vous est venue l’impulsion de rassembler la crème des talents du rire africain en terres genevoises?

Angèle Monteleone: J’adore ma vie suisse, mais l’humour africain et ses tonalités taquines me manquaient. Au Cameroun, rigoler est une seconde nature; alors, j’ai souhaité insuffler un peu de ce chaleureux ADN à la Genève multiculturelle. C’est le lieu adéquat pour implanter un nouvel événement tout public.

Ce nouveau festival est-il un moyen de faire entendre les voix des populations d’Afrique en Suisse?

Non, je vous arrête, car ce festival ne se veut pas un événement politique ou une critique de la société. Il s’agit d’une rencontre universelle autour de l’humour, afin de se divertir et de rire de bon cœur. Cette manifestation ne cherche ainsi pas à prendre part à certaines polémiques, même si elles existent. Elle se veut un rendez-vous rassembleur, afin de lier toutes les communautés, africaines et suisses.

Quelles sont les particularités de l’humour africain?

On dit que les Africains aiment se moquer de tout, et je pense que c’est vrai. On a le rire naturel, ironique, avec beaucoup d’autodérision. J’ai sélectionné des humoristes très différents. Et je voulais à tout prix présenter une femme. Car même si ce métier reste encore à dominance masculine, il y en a de plus en plus qui prennent l’initiative d’oser cette carrière.

A l’instar de Cécile Djunga, que vous programmez. Elle est aussi présentatrice météo en Belgique et vient de dénoncer, via les réseaux sociaux, le racisme quotidien dont elle est victime. En parle-t-elle dans son spectacle?

J’avoue à titre personnel avoir été très touchée par sa vidéo. Mais elle jouera un extrait de son one woman show, qui décrit plutôt l’univers déjanté de la célébrité. Vous savez, l’humour permet de transmettre beaucoup de messages et de se comprendre en un regard, en un sourire. Il permet d’aller de l’avant.

Pour se faire un nom, les artistes africains doivent-ils impérativement monter à Paris?

Beaucoup d’humoristes restent en Afrique et vivent de leur art sur place. De nombreux festivals émergent dans tous les pays, par exemple au Gabon. Le succès du festival Abidjan Capitale du Rire, en Côte d’Ivoire, a lancé des vocations. C’est cette énergie que j’ai eu envie d’amener à Genève.

Quelles sont donc vos attentes avec cette première édition?

Remplir le théâtre! Plus sérieusement, se faire connaître et pouvoir réitérer l’expérience en s’inscrivant durablement dans le paysage des festivals d’humour en Suisse romande.


Afrik, Rire & Culture, Théâtre de la Cité Bleue, Champel, samedi 15 septembre à 20h.