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Dans «After Life», Ricky Gervais grince avec sincérité

L’acteur anglais revient avec une série dans laquelle il interprète un veuf qui fait son deuil en se montrant abject. Aussi sur Netflix, les fidèles peuvent trouver un bonus de «The Office», avec un retour disco de David Brent

La comédie Derek avait eu deux saisons, 2012-2014, mais elle est passée un peu inaperçue dans nos contrées. Fidèle à lui-même, Ricky Gervais y incarnait un personnage malhabile, mentalement bancal, méchant sans vraiment le vouloir. Un être un peu différent du célèbre David Brent de The Office, le patron d’entreprise de matériel de bureau le plus lourd du monde, mais qui avait le même perpétuel décalage par rapport aux gens et à leurs émotions. Dans Derek, il était question d’aînés, puisque le personnage titre travaillait pour un EMS.

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A présent, Ricky Gervais est journaliste. Dans After Life, sur Netflix, il interprète Tony, responsable des portraits au sein du journal local dans une petite cité britannique on ne peut plus typique. Sauf que Tony a perdu sa femme, et que ce monde-là s’effondre. Il subsiste essentiellement pour nourrir le chien, unique être vivant qui le relie encore à sa chérie. S’il le toutou n’était pas là, l’issue la plus logique serait de se tuer. Ou alors, peut-être pourra-t-il vivre à nouveau: il glisse soudain que lorsque son chien sera mort, et son père aussi, il ne sera «responsable de plus rien», perspective qu’il laisse dans une complète ambiguïté.

Vivre son deuil en étant abject

Tony vivait dans un univers bien circonscrit. Son paternel qui radote un peu à l’hospice, les rédacteurs du journal qui vont rencontrer les concitoyens les plus barbants du monde pour en faire des portraits, une confidente de circonstance avec qui il discute sur un banc… Et une vidéo de son épouse, qu’elle avait tournée à l’hôpital, comme un dernier message, qu’il regarde en boucle.

Il a aussi une manière bien à lui d’endosser son deuil: devenir un être abject. Il se laisse aller et met toute son énergie à dénigrer ses semblables, les rabrouer, les rabaisser. Il refuse de travailler, il s’enfonce dans une routine toujours amoindrie, qui ne semble avoir que la chute comme issue.

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Une série qui divise les fidèles

Peu à peu, cependant, Tony remonte la pente. C’est en cela que s’engage le débat suscité par After Life. D’aucuns fustigent le caractère gentillet de l’ensemble, puisque la totalité de cette histoire tend vers une forme de sortie du tunnel – pas une rédemption, le deuil n’est pas une faute, mais une manière de retrouver une lumière, de reconsidérer quelque humanité chez ses proches ou collègues. Certains ont trouvé le feuilleton surprenant de la part de ce roi du sarcasme qu’est le comédien anglais.

Il y a de cela. Le cheminement d’After Life est peut-être un peu simpliste. Cependant, nous sommes dans la tête de Ricky Gervais, rien n’y est directement formulé. Si l’on considère que la série va avoir une deuxième saison, l’évolution de Tony n’est de toute évidence pas arrêtée. L’acteur veut peut-être se donner une franchise, une certaine sincérité, qui ne fait pas partie de son fonds de commerce. «On ne peut pas se ficher toujours de tout», lance un jour Tony sur le banc, dans le parc. L’acteur demeure un humoriste et, dans la quête même de Tony, oscille sans cesse entre le grinçant et le touchant.

«David Brent: A Life on the Road», un cadeau bonus

Au reste, si les amateurs de The Office veulent un supplément, Netflix recèle une pépite peu connue. Outre son spectacle Humanity, le site propose David Brent: A Life on the Road, un bonus de The Office tourné en 2016. Le personnage du patron sympa (dans sa tête) revient, mis en abyme puisqu’il dit lui-même avoir été la vedette de The Office («Vous me reconnaissez?»); et cette fois, il va organiser la tournée disco-rock de ses rêves. Il forme un groupe dont les membres pensent être payés un jour, leur évidente unique motivation, et le voilà qui prend la route pour «faire ce que je sais faire de mieux: divertir».

Sauf, bien sûr, qu’il ne divertit personne. Les salles minables dans lesquelles il se produit sont atterrées par son humour graveleux, son sexisme illimité et son indépassable ringardise. Les hôtels se révèlent miteux, les soirées glauques, les après-concerts sordides. La presse anglaise en a voulu à l’acteur-auteur-producteur, jugeant qu’il en faisait trop, que ce retour à David Brent versait dans la surdose. On peut toutefois prendre plaisir à retrouver le personnage, hélas parfois si réel. Ricky Gervais rocks toujours.

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