Sur la couverture du livre, une Agatha Christie enjouée de 43 ans pose en 1933 à côté du jeune et sérieux archéologue Max Mallowan, son deuxième mari, qui devint après la guerre directeur de l'Ecole d'archéologie de Bagdad. Ils sont en partance pour le Moyen-Orient, qui fournira à la célèbre romancière le cadre de trois enquêtes: Le Crime de l'Orient-Express, Meurtre en Mésopotamie et Mort sur le Nil. Mais il n'en est nullement question dans ce livre de souvenirs, dont le titre original (Come, tell me how you live) dit bien le propos: raconter la vie quotidienne d'une équipe d'archéologues britanniques dans les années 30, aux confins de la Syrie, de la Turquie et de l'Irak. La civilisation est née là, il y a cinq mille ans. Et il s'agit d'en explorer les tells, comme on joue à la roulette, sans savoir lequel se révélera intéressant.

L'impavide architecte Mac, le sympathique guide Hamoudi, les chauffeurs plus ou moins doués pour la conduite, comme les cuisiniers pour la cuisine, les domestiques improvisés sont source d'étonnements réciproques: pour les uns, dresser un couvert à l'occidentale ne va pas de soi, pas plus que pour les autres comprendre le fonctionnement de la poste ou de la banque locales. Mais Agatha s'amuse d'un rien et compense son inexpérience par un fort sens pratique pour nettoyer, classer, photographier les objets dans les pires conditions.

La romancière se plaît à détailler tel épisode: l'achat d'un cheval, la lutte contre les chauves-souris ou la construction d'une maison sur un terrain appartenant à un cheikh aussi roué que pauvre; la gaieté et la liberté de parole et d'allure des femmes kurdes, si différentes des femmes arabes; les négociations compliquées au sujet de l'envoi de pyjamas fortement taxés par la douane; l'arbitrage des incessantes disputes entre ouvriers kurdes, arabes ou arméniens, tous armés de gourdins, de matraques ou de couteaux; et surtout la difficile répartition des trouvailles d'une saison en deux lots, si possible égaux, puisque l'un revient aux Syriens et l'autre est expédié au British Museum. Impossible d'être plus anecdotique, mais la saveur du récit est à ce prix.

La romancière et l'archéologue, mes aventures au Moyen-Orient d'Agatha Christie, trad. et préface de Jean-Noël Liaut, Payot, 256 p.