Il y a toujours quelque chose de très troublant, on le sait si bien depuis Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, à observer une actrice jouer une actrice. Ainsi d'Agnès Jaoui qui quitte le giron Jaoui-Bacri pour interpréter Elisabeth Becker, un genre d'Isabelle Adjani, star de cinéma d'apparence superficielle et égoïste, dans ce Rôle de sa vie, premier film assez épatant. Ce personnage arrogant reste suffisamment proche de l'image publique d'Agnès Jaoui pour provoquer le trouble. D'autant que le traitement qu'elle inflige à Claire Rocher (formidable Karin Viard), pigiste du magazine Elle qui devient sa confidente, rappelle comment, avec le Jean-Pierre Bacri des mauvais jours, l'actrice et auteure du Goût des autres a parfois rabroué, voire humilié ses interlocuteurs. Un comportement dont même PPDA blêmit encore.

Estomac noué

C'est ainsi qu'une scie scénaristique (la vedette qui retrouve le sens des proportions au contact d'une personne simple) renvoie une image émouvante. Sans génie de mise en scène, le réalisateur François Favrat tient donc en équilibre sur la frontière ténue qui sépare ceux qui font l'affiche et ceux qui ne la feront jamais. Il explore assez profondément le lien sadomasochiste qui lie les deux femmes pour nouer l'estomac pendant une heure trois quarts. Pourtant, au-delà du générique de fin, il subsiste un étrange regret. Peut-être celui de savoir que ce n'est jamais qu'une fiction. Et que, dans la réalité, les stars sont bien pires que ça. Souhaitons que le documentaire du tournage accompagne le DVD.

Le Rôle de sa vie, de François Favrat, avec Agnès Jaoui, Karin Viard, Jonathan Zaccaï.