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Aydin Dogu Demirkol est Sinan dans «Ahlat Agaci - Le Poirier sauvage»
© DR

Cannes

«Ahlat Agaci (Le poirier sauvage)», le roman d’un tricheur turc

Palme d'or en 2014, Nuri Bilge Ceylan revient à Cannes présenter un roman d’apprentissage dont le héros, aspirant écrivain, n’est pas particulièrement sympathique. Un portrait psychologique amer et précis

Ses études terminées, Sinan revient dans sa famille. Il doit encore passer l’examen pour devenir instituteur, mais c’est en grand écrivain qu’il se rêve. Son village natal lui semble petit. Il retrouve sa famille, son père maître d’école lui aussi, un chic type dévoré par le démon du jeu, sa mère qui essaie de nouer les deux bouts, sa sœur cadette, son ancienne petite amie sur le point de se marier, de vieux potes de virée…

L’œuvre de Nuri Bilge Ceylan se caractérise par son austérité, sa maîtrise formelle, sa rigueur morale et sa lenteur. Il était une fois en Anatolie (2h20) est une enquête policière qui roule toute la nuit sur des chemins de terre pour élucider une affaire criminelle. Winter Sleep est une méditation existentielle centrée sur un ancien comédien en proie à la glaciation des sentiments. Ce film de plus de trois heures lui vaut la Palme d’or en 2014. Il revient pour la cinquième fois sur la Croisette avec Ahlat Agaci – Le poirier sauvage (3h08).

Un «méta-roman autofictif décalé»

Le poirier sauvage est le titre du premier livre de Sinan, un «méta-roman autofictif décalé». Il fait la tournée des éventuels bailleurs de fonds qui pourraient l’aider à le publier. Il a un rapport facilement conflictuel avec ses interlocuteurs. Il engage la conversation avec un écrivain célèbre aperçu dans une librairie, non pour nouer une relation de disciple à maître, mais pour allumer une querelle des anciens et des modernes. Cette présomption est peut-être une marque de la jeunesse. Elle traduit un arrivisme pressé et révèle un fond antipathique chez cet avatar turc d’un Julien Sorel ambitieux, mais peu scrupuleux: Sinan pique des objets chez ses grands-parents pour se renflouer. L’appât du gain l’incite même à commettre une ignoble forfaiture. Hésitant entre l’enseignement et la littérature, il finit soldat. Il ne vend pas un exemplaire de son livre, et peut s’adonner à la médiocrité qu’il tentait de conjurer. Ou alors se réaliser autrement, dans la simplicité terrienne et la complicité retrouvée avec son père.

Ahlat Agaci brosse un portrait psychologique amer et précis. La photographie captant toutes les nuances de l’automne est somptueuse, les personnages intrigants, particulièrement le bon à rien de père, immature et rigolard. Moins rigoureux que Winter Sleep, ce roman d’apprentissage abonde en faux plans-séquences. Il pèche aussi par sa dimension dissertatoire (la dispute théologique de Sinan et de ses amis imams n’en finit pas), ses dérives oniriques un peu faciles et ses fausses pistes sensationnalistes (un corps au pied de l’arbre, une pendaison dans le puits…).

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