Le Chinois Ai Weiwei compte parmi les artistes contemporains les plus célébrés du monde. Chacune de ses expositions, chacun de ses documentaires ou films, chacune de ses images participent d’une œuvre devenue monumentale au service d’un propos assez simple: la liberté d’expression. Longtemps son champ d’investigation, et donc d’opposition aux forces de répression, a été son pays, la Chine. Figure emblématique de la dénonciation de la dictature communiste, Ai Weiwei, tout comme son père, le poète Ai Qing, a été marginalisé, harcelé, enfermé puis contraint à l’exil par le pouvoir.

Depuis sept ans, Ai Weiwei réside en Europe. Et son propos n’a pas dévié d’une virgule. Tout comme il exerçait son esprit critique contre la mainmise du parti, il dénonce à présent et ici les travers de la société occidentale et les compromis des démocraties avec les régimes autoritaires dictés par l’argent. Ses dernières œuvres – et combats – l’ont amené à une critique cinglante des politiques migratoires européennes à la source, selon lui, de milliers de morts chaque année. Il n’épargne pas non plus la Suisse, qu’il a qualifiée de «pays le plus hypocrite du monde» au regard de sa neutralité. Il est dans son rôle d’artiste. De résistant à la paresse des habitudes et solutions toutes faites des politiques en place.

Notre interview d'Ai Weiwei: «A maints égards, les Chinois sont plus libres que les Occidentaux»

De passage à Lausanne, l’artiste chinois en a ainsi profité pour se rendre au siège du Comité international olympique pour réaliser une nouvelle Etude de perspective, à savoir un doigt d’honneur pointé sur les anneaux olympiques.

Le geste peut paraître vulgaire mais il est bien plus que cela. Ce geste, Ai Weiwei l’a accompli et photographié une première fois en 1995, sur la place Tiananmen, en direction du portrait de Mao qui domine la place centrale de la capitale chinoise, là même où furent massacrés en 1989 les étudiants réclamant la démocratie. Un geste qui signifiait: «On n’oublie pas, on ne pardonne pas, on n’abandonne pas.»

Ce geste, il l’a réalisé par la suite dans de nombreux endroits: à Washington, à Paris, à Hongkong et même sur la place Fédérale. Il prend chaque fois une signification différente, mais affirme une même critique du pouvoir. Face au CIO, comme il l’avait fait en Chine en 2008, le concepteur du Nid d’oiseau, le grand stade olympique de Pékin, affirme son dédain envers une institution qui s’est mise au service de la propagande chinoise. En pleins Jeux de Pékin, c’est un nouvel acte artistique et politique. Ai Weiwei n’est pas un Chinois comme les autres. Mais rien ne permet d’affirmer qu’il n’est pas Chinois. Et quand il parle de liberté, c’est un Chinois qui parle. La liberté qu’embrasserait peut-être la Chine si elle n’était soumise à la dictature. Au nom de valeurs universelles.