Enfants

Ailleurs, au Panama

Qui ? Janosch
Titre: Tout est si beau à Panama
Chez qui ? Trad. de Genia Català

Chez qui ? La joie de lire. Dès 6 ans

C’est un heureux hasard qui fait coïncider l’arrivée de deux albums parfaitement réjouissants, étonnamment proches dans leur thématique, leur narration et même dans leur conclusion; l’un a paru il y a plus de trente ans en allemand, l’autre s’inspire d’un conte yiddish, et tous deux disent le besoin d’un ailleurs, l’envie, malgré une existence heureuse, de poursuivre un rêve. Ce rêve, pour les héros de Janosch, a pour nom Panama, tandis que c’est Varsovie qui fait battre le cœur du petit tailleur de Henrich.

La vie est douce, pour l’ours et le tigre, dans leur maison au bord de l’eau; ils pêchent, ils jouent, c’est le bonheur. Mais le jour où l’ours découvre une caisse flottant sur l’eau, une caisse qui sent bon la banane et sur laquelle on peut lire PANAMA, il n’aura de cesse de convaincre le tigre de gagner ce paradis où «tout est plus beau».

Les détails touchants succèdent aux situations charmantes, aux trouvailles géniales (voyez les scènes avec le panneau indicateur!), le voyage prend l’allure d’une quête, mais très vite le lecteur – et lui seul – comprend que les compères tournent en rond, reviennent sur leurs pas; ne reconnaissant rien, ils sont parfaitement contents de leur sort, dans leur maison au bord de l’eau, convaincus d’avoir atteint leur rêve.

Le petit tailleur juif de Stéphane Henrich menait lui aussi une existence sereine, dans son village, auprès de son opulente femme et de ses enfants. Mais son besoin fou de voir Varsovie sera le plus fort et le jettera sur les chemins. Le trait est vif, joyeux, flirtant avec la caricature, les images développent des histoires parallèles que le texte ne fait qu’effleurer, il y a du Quentin Blake dans la légèreté des scènes, dans l’humour toujours à fleur de page, mais également une certaine nostalgie. Tout comme le tigre et l’ours, le héros de Henrich rentre chez lui et ne s’en aperçoit pas, mais là où les deux récits diffèrent, c’est que le petit tailleur éprouve désormais, à la tombée de la nuit, «toujours un peu le mal du pays».

Deux histoires proches, qui disent aux enfants la difficulté, parfois, à se satisfaire de sa vie, le besoin d’ailleurs, alors que tout était là. Contes philosophiques, drôles et un peu caustiques, voici de malignes invitations à poser un regard affûté sur notre perception du bonheur.

Une caisse qui sent bon la banane et sur laquelle on peut lire PANAMA

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