Patrimoine

Ainsi ses héritiers redonnent vie à Ramuz

Un espace muséal Charles Ferdinand Ramuz, au sein de sa maison vigneronne de Pully est sur le point de se créer. Ses héritiers, la ville et son musée d’art n’attendent plus que le feu vert du Conseil communal le 21 juin prochain. Ils présentent leur projet, loin de ce qu’attend le comité de sauvegarde

Enfin nous y sommes, dans sa bâtisse vigneronne, sa «vieille maison tranquille», telle qu’il aimait l’appeler, rappelant que «la tranquillité était un grand bien». Charles Ferdinand Ramuz a laissé derrière lui des œuvres lues et étudiées dans le monde entier, mais c’est autour de sa maison dans le cœur du vieux Pully que s’agitent en ce moment les esprits.

Sur le perron, une inscription s’effrite. «La Muette», c’est ainsi qu’elle s’appelle. En mai 1930, grâce à l’obtention du Prix Romand, Ramuz en fait l’acquisition. Travailleur insatiable, il ne quittera que très peu cette demeure et la pièce qu’il réserve à l’écriture, dont les deux fenêtres à barreaux ouvrent sur le lac et les montagnes.

C’est dans cette même chambre qu’il reposera trois jours durant, au moment de sa mort, le 23 mai 1947. Que racontent ces murs qui nous sont ouverts le temps d’un instant? La pierre y est froide, humide, et le couloir, sombre. Au bout traversant, le soleil de mai aveugle et n’invite qu’à sortir dans le jardin de roses. Au mur, des gravures colorées représentant des ruines et l’Italie racontent comment vivait un notable au XXe siècle.

Ecrivain extrêmement contemporain

Ce n’est pas cela que veulent léguer ses héritiers. Pas une de ces maisons d’écrivains, comme celles de Balzac ou Hugo, trop poussiéreuses et ennuyeuses à leur goût. Ils proposent un projet neuf. Parce qu’ils veulent que Ramuz vive dans les yeux des jeunes qui viendront visiter avec leur classe l’espace muséal. Parce qu’ils veulent rappeler que Ramuz est un écrivain extrêmement contemporain. Parce que pour étudier la condition humaine, il faut plonger au cœur de son œuvre, et non regarder la passéité de ses meubles.

Le projet que proposent Christophe et Laure Brossard, arrière-petite-fille de l’écrivain et héritière de «La Muette», en partenariat avec Gil Reichen, le syndic de Pully, et Delphine Rivier, directrice des musées de Pully, tient sur quatre axes. En poussant la grande porte verte de la maison rose pulliérane, le visiteur entrerait dans un «centre d’interprétation», «un lieu artistique littéraire» de 110 mètres carrés.

D’abord, sa biographie animée raconterait comment le fils d’un épicier lausannois et d’une descendante du major Davel se retrouva auteur d’une œuvre qui lui a valu, de son vivant déjà, une reconnaissance et un statut d’exception en Suisse comme en France. Ensuite, le long du couloir, un apport multimédia ferait la part belle à ses personnages, dans l’espoir toujours d’apporter l’envie de lire l’œuvre de Ramuz au plus grand nombre. Un cabinet de curiosité rappellerait au visiteur les amitiés prolifiques de l’homme de lettres, et ses relations avec d’autres arts: la peinture, le dessin, la musique.

Le bureau conservé intact

Et puis le bureau, le clou de la visite. L’espace serait conservé intact, jusqu’au paquet de Gitanes de l’auteur, posé sur son plan de travail. La cellule où il aurait voulu retoucher ses manuscrits jusqu’à l’infini, si ses éditeurs ne le pressaient pas autant.

Des lectures, des ateliers, des conférences, la médiation des musées de Pully se fait une joie d’imaginer tout ce qui, autour de cet espace muséal, reste à inventer.
C’est la ville qui paierait cela, le canton n’étant pas intéressé. L’investissement se monterait à plus de 11 millions de francs pour les travaux et l’exploitation serait d’un demi-million par an. Une fondation «La Muette» et un comité scientifique seraient constitués, partenaires de la Fondation C. F. Ramuz déjà existante. Le conseil communal se prononcera le 21 juin. Si c’est non, pas de plan B, le projet muséal risque de tomber à l’eau.

Pas de maison muséale

De leur côté, les propriétaires, Christophe et Laure Brossard, transformeront le reste de la maison en quatre ou cinq appartements dont deux qu’ils garderont pour eux et leurs enfants. Le jardin restera en leur possession.
La polémique lancée par le comité de sauvegarde de «La Muette» et relayée au Grand Conseil vaudois demandait que la maison entière devienne musée, il n’en sera rien, garantissent les héritiers.

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