Pop

Air, nouveau décollage pour la Lune

Le duo de Versailles prolonge la BO du «Voyage dans la Lune», chef-d’œuvre restauré de Georges Méliès, sur un album aux atmosphères pop et féeriques

Genre: Pop
Qui ? Air
Titre: Le Voyage dans la Lune
Chez qui ? EMI

Air et la Lune, Air et le cinéma. Deux histoires succinctes qui ont laissé derrière elles des traces profondes. Les suiveurs de la première heure se souviendront du premier véritable album, qui consacrait le duo versaillais et l’installait au centre de la mouvance french touch . Moon Safari , son titre, mettait en musique un imaginaire qui faisait déjà des clins d’œil au satellite pâle en convoquant des références littéraires.

Quatorze ans plus tard, le groupe n’est plus tout à fait sur la même orbite artistique. Il y a eu depuis des albums pour faire de cette entité si ancrée dans les esthétiques rétro un ambassadeur d’une élégance en cristal, parfois agaçante, souvent un peu vaine. Pocket Symphony en 2007 et Love 2 deux ans plus tard ont ainsi donné des arguments souvent recevables aux détracteurs: Air frôlait le maniérisme, Air se regardait au miroir, Air n’avait plus grand-chose à ajouter à ses meilleurs disques.

Il y a eu cela et puis il y a eu les incursions dans le 7e art, qui ont sauvé une trajectoire devenue trop lisse et arrondie. La BO de Virgin Suicides , puissante et hypnotique, a bouleversé autant que le film de Sofia Coppola. Moins saisissante, celle de Quartier lointain (par Sam Garbarski) a montré à quel point les narrations musicales du duo sont faites pour percer l’écran et dépasser la fonction quelque peu réduite de l’habillage sonore.

Air se répète ici, dans ce Voyage dans la Lune vieux de 110 ans. De la commande reçue par les acteurs de la restauration du chef-d’œuvre de Georges Méliès, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel en ont fait un voyage personnel, qui illustre parfaitement les images de Méliès et se distingue aussi en œuvre autoporteuse. Cette double affectation constitue à elle seule un ­exploit de taille. Car Air fait plus que prolonger la durée de son incursion cinématographique (de 14 minutes pour les images à plus de 30 pour la musique de l’album). Il développe une dramaturgie propre, en chevauchant plusieurs registres tout en gardant une trajectoire limpide.

On croise, dans ces onze pistes, une entrée en matière entêtante, portée par des percussions en relief («Astronomic Club» et «Seven Stars», avec la participation de Victoria Legrand de Beach House). On y trouvera aussi des passages habités par le psychédélisme des années 1970 («Parade» et en particulier «Sonic Armada»). Mais surtout, on y distingue des instantanés au souffle ralenti qui confèrent à l’album cette couche féerique si présente dans la bobine de Méliès (le court interlude «Retour sur la Terre» et l’excellente clôture «Lava», notamment).

Dans les indications musicales que donnait en 1902 le réalisateur, il était question d’accompagner le film avec une œuvre «à la mode». Grand paradoxe, Air regarde la plupart du temps dans le rétroviseur mais réussit pourtant à garder intacte la modernité du Voyage dans la Lune . Ce septième album est du coup le meilleur qu’on ait entendu du duo depuis 2001, avec 10,000 Hz Legend . Le décollage abouti.

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