L'édition 1999 du Festival de BD de Sierre s'est achevée sous un ciel pluvieux. Les derniers festivaliers armés de parapluies n'ont pas été suffisamment nombreux pour atteindre l'affluence de l'année passée, estimée à 45 000 personnes. La perte de ce dimanche est évaluée par les organisateurs à «1000 ou 1500 visiteurs». «Un petit coup de poignard, mais nous arrivons ainsi au résultat des années 1996 et 1997», commente Pierre-André Veuthey, un des membres du comité. Pas de quoi remettre en question la formule actuelle du festival, qui semble avoir pris un bon rythme de croisière cette année.

Car toute la difficulté de Sierre réside dans la cohabitation de plusieurs publics aux attentes différentes. «La situation de notre petite ville décentralisée ne nous permet pas de tout axer sur la BD. La moitié de nos visiteurs viennent ici pour faire la fête. Il faut trouver des réponses à toutes les demandes», explique le président du Festival, Charly Quinodoz. Cette 16e édition a justement accordé une large place aux activités satellites de la BD: spectacles de rue, machines à sensations fortes, animations pour les plus jeunes, concerts et bars…

Les enfants et les adolescents ont occupé le terrain plus massivement que d'habitude. Une tendance qui s'explique notamment par le succès des ateliers créatifs, destinés aux dessinateurs en herbe. La jeunesse du public s'est d'ailleurs ressentie sur le chiffre d'affaires des éditeurs. «Ils ont enregistré une très légère baisse des ventes, mais pas suffisamment significative pour les décourager. De toute façon, Sierre demeure incontournable en restant le deuxième événement après Angoulême», assure Pierre-André Veuthey. Les marchands du festival se montrent très intéressés par cette masse volatile et peu bédéphile. «Ils ont l'occasion de se créer un nouveau public. D'ailleurs, on remarque que les ventes de BD ont nettement augmenté en Valais depuis que le festival existe.» Et le président de rappeler l'ambiance unique de cet événement à budget modeste (un million de francs), qui tient à soigner ses hôtes.

Sous ses airs de grande fête populaire, le festival BD ne néglige pas ce qui fait sa raison d'être. La collaboration avec d'autres manifestations européennes lui permet de coproduire des expositions originales à moindre coût. En se servant du thème «le temps», il a proposé différentes facettes de la BD, en jouant avec les mots et, surtout, avec les ambiances. Et là aussi, il faut contenter néophytes et spécialistes. La plupart des festivaliers qui ont posé le pied dans l'univers sombre de On a marché sur des œufs ont subi un choc bédéistique inattendu: la rencontre avec un neuvième art qui galope hors des sentiers battus. La mise en scène hallucinante, une série d'œufs immenses où gisent les échantillons de la BD du troisième millénaire, a sans doute plus séduit que son réel contenu. Peu importe, le visiteur de passage retiendra que la vague «underground» existe bel et bien.

La quête de l'oiseau du temps a plongé le festivalier dans une atmosphère de mystère, le confrontant aux personnages et aux ambiances de la série culte de Loisel et Le Tendre. On retiendra également les planches renversantes de Pascal Rabaté et de son album Ibicus, une histoire inspirée d'un roman de Tolstoï; un décor de révolution illustré par un espace recouvert de gravats et de ruines, où images projetées et fond sonore obsédant renforcent le sentiment d'angoisse de la scène.

A l'heure où les portes du Festival se ferment, les organisateurs planchent déjà sur la prochaine édition. «Nous désirons développer le domaine du multimédia, améliorer encore certaines animations et poursuivre notre collaboration avec les autres festivals», résume Marie-Christine Fellay, coordinatrice de la manifestation. En attendant, Sierre poursuit sa mission de promotion du neuvième art. Le Centre suisse de la bande dessinée prépare une grande réflexion sur la BD pour fin septembre. Ces «conciliabulles» devraient réunir autour d'une même table bédéistes et politiques pour une saine discussion, qui permettrait peut-être de reconsidérer le parent pauvre du monde culturel d'aujourd'hui.