Qu’est-ce qui peut bien rassembler les vallées gruériennes et les canaux vénitiens? Le calme qui y règne cet été, peut-être, fait rare pour les seconds. Mais surtout, le festival Claviers d’alpages. Depuis quatre ans, ce rendez-vous intimiste fait résonner la musique baroque au creux des reliefs fribourgeois – et pour son édition 2020, étalée sur deux week-ends à Val-de-Charmey, il convoque un bouquet d’œuvres nées dans la cité italienne.

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«Dans la première moitié du XVIIe siècle, c’était à Venise que se réinventait la musique, expli­que Jean-Christophe Leclère, médecin, organiste et président du collectif européen Cordis & Organo, qui organise le festival. Les polyphonies du Moyen Age et de la Renaissance laissent place à des compositions plus virtuoses, et paradoxalement plus populaires, avec le développement de la mélodie. C’est le début de la musique classique comme nous la connaissons.»

Broderies musicales

Une «école vénitienne» dont sont issus Vivaldi et Monteverdi (ses Vêpres vénitiennes clôtureront le festival le 23 août), mais aussi d’autres compositeurs oubliés comme Nicolò Corradini, également au programme des dix concerts gratuits. «On les considérait comme des stars dans toute l’Europe, alors qu’ils sont devenus de parfaits inconnus. L’idée est de les faire découvrir à un public qui n’en a jamais entendu parler», souligne Jean-Christophe Leclère.

Faire découvrir aux oreilles néophytes un répertoire aux particularités étonnantes, aussi: à l’épo­que, il était en effet courant pour les musiciens de «broder», d’improviser autour non pas d’une partition détaillée mais d’une grille, d’un thème de référence.

Instrument intrigant

Si, pour cause de pandémie, un ensemble de joueurs de mandoline a été bloqué à l’étranger et la programmation adaptée – tout comme certains lieux et églises, devenus trop petits pour respecter les mesures sanitaires –, le public pourra découvrir un instrument encore plus intrigant: le cornet à bouquin. Une sorte de longue flûte incurvée, à l’embouchure taillée à même son tube en bois qui, «au niveau sonore, se rapproche du hautbois, imitant presque la voix humaine», note Jean-Christophe Leclère.

Ultra-tendance à l’époque de Monteverdi, où il concurrençait même le tout-puissant violon, le cornet à bouquin a disparu pendant plusieurs siècles, avant de faire un come-back il y a une trentaine d’années grâce à quel­ques pionniers. Français établi à Genève, William Dongois est l’un des rares maîtres cornettistes en exercice, et l’invité d’honneur du deuxième week-end de Claviers d’alpages.

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Et parce que l’écrin verdoyant de la Gruyère invite aussi à la flânerie à l’air libre, le festival propose un récital sur l’herbe le samedi 8 août, avec sonates et partitas de Bach. Pour un grand bol d’air frais, les mélomanes opteront pour les promenades bucoliques organisées dans les environs, avant ou après les concerts. Autour de la chapelle de la Monse, en compagnie du conteur gruérien Dominique Pasquier (sa 8), du lac de Montsalvens avec le musicien et passionné de montagne Benoît Krummenacher (sa 22), ou même une découverte du village de Jaun le lendemain… à pieds nus, pour une immersion sensorielle complète.


Festival Claviers d’alpages. Divers lieux à Val-de-Charmey. Du 7 au 23  août. Entrée libre.