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Concert

Aïsha Devi, thérapie par les ondes

La musicienne se produit ce jeudi à La Gravière de Genève. Evocation brève d’une déconstructionniste de la musique électronique

Le discours de promotion a pris l’habitude de la présenter comme une «shaman électronique». Après tout pourquoi pas. Mais on peut peut-être aussi et surtout l’envisager comme une musicienne qui, comme elle l’expliquait il y a quelques mois dans un portrait à elle consacré par The Wire – la bible britannique des musiques actuelles aventureuses –, prend plaisir à contourner les normes, dans une optique qui pourrait certes être connectée à une forme de mystique thérapeutique, mais aussi aux stratégies de détournement imaginées par Guy Debord.

La personne dont on parle se nomme Aïsha Devi. Elle est Genevoise, mais cultive des racines entre le Népal et le Tibet. Dans une vie musicale antérieure (on remonte aux premières années du millénaire), elle jouait sous le nom de Kate Wax, et produisait alors une électro-pop raboteuse et pleine d’influx – elle fut d’ailleurs à ce titre à l’origine d’une des plus belles bourdes que l’auteur de ces lignes ait réussi à placer dans ce journal.

En faisant retour à son état civil, Aïsha Devi a remodelé son langage, et l’a redirigé vers l’expression d’engrammes plus fondamentaux. Tout d’abord en fondant le label Danse Noire, en 2013: cette maison a, depuis, publié une douzaine de merveilles (dues entre autres à Aïsha Devi elle-même, mais aussi à Vaghe Stelle, El Mahdy Jr, Haf Haf, GIL ou J. G. Biberkopf) qui, si elles jouent toutes à sauter les frontières entre les genres électroniques, se retrouvent toutefois dans une même poétique globale – que l’on pourrait résumer par la joie de la déconstruction et le plaisir des ondes brutes. Des raves recrachées en furieux palimpsestes.

Le second geste d’Aïsha Devi, c’est sa musique. Sorti en 2014 sur Danse Noire, son Hakken Dub/Throat Dub témoignait déjà, en mêlant chant diphonique et rythmes au pilon, d’un profond désir de rénovation esthétique. La sortie récente de l’album DNA Feelings chez le très respecté label Houndstooth montre un pas supplémentaire encore: c’est un entremêlement cahoteux et fascinant de basses errantes, de rythmes en orages brefs et de chants séraphiques, un démontage poétique et robuste de ce que l’on croyait être les codes de la musique électronique – c’est peut-être ici qu’on retrouve Debord dans l’intertexte mais, en termes de sonorités, il n’est pas impossible que les insiders pensent quelques fois au travail de la Britannique Fatima Al Qadiri. A propos de DNA Feelings, on a écrit «cahoteux», et non pas «chaotique»: car si les lames opposées qui font cette œuvre ont tendance à déstabiliser l’auditeur, ce dernier se rendra vite compte que ces champs contraires ont pour finalité de s’harmoniser. C’est une question de puissance, de placement et de tact – trois valeurs qui font le nécessaire de toute bonne medicine woman.

La Gravière. Chemin de la Gravière 9, Genève. Je 28 à 21h.

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