Aix-en-Provence n’y échappe pas

La première du «Turc en Italie» est annulée par la grève

On ne peut pas attribuer à la seule discipline de l’opéra (par essence moins contestataire que celle du théâtre), le mérite d’avoir évité les annulations des deux premiers spectacles d’ouverture du Festival lyrique d’Aix. «Il en reste trois autres…», rappelait pudiquement vendredi le directeur Bernard Foccroulle, qu’on sentait tendu à la conférence de presse matinale de présentation de la prochaine saison. Huit heures plus tard, la sentence tombait: Le Turc en Italie de Rossini, dirigé par Marc Minkowski et mis en scène par Christopher Alden au Théâtre de l’Archevêché, était annulé à cause de grève du personnel.

A l’issue d’Ariodante , le ton s’était affermi. «Nous avons évité de justesse des débordements de la part d’une centaine de manifestants venus perturber le spectacle. Nous nous y étions préparés [lire ci-dessous]. Nous avons tenu, et mettons tout en œuvre pour continuer à protéger tant le festival que le personnel, le public et les artistes.»

Cela n’aura pas suffi, malgré des déclarations claires. «Il est inadmissible qu’un petit groupe minoritaire d’ultras s’en prenne à une chanteuse, notamment, et mette en péril des manifestations qui font aussi vivre les travailleurs du spectacle. Ces excès n’ont rien à voir avec la culture et le combat social. Ce sont des agissements qui nient l’idée même de solidarité.»

Le discours n’est pas que directorial. Il émane d’un homme très apprécié, aussi musicien, compositeur, homme de lettres et pédagogue réputé, connu pour son esprit d’ouverture, son souci de communiquer et son amour du partage et de la transmission. Bernard Foccroulle s’engage aussi à côté des artistes, non par posture, mais par conviction. Cela n’aura pas empêché l’annulation.

«Nous sommes tous concernés par les revendications des intermittents. Nous soutenons ceux qui sont touchés par la nouvelle convention, et qui réclament la renégociation de leur statut. Nous avons organisé avec eux des sensibilisations. L’orchestre et les artistes interviennent en leur faveur. Notre scène leur est ouverte. Nous travaillons ensemble. Le conflit n’est pas la seule solution.»