Il y a toute une génération pour qui le terme «soul» n'évoque guère que les tortillements lascifs de gourgandines dans des draps de satin mauve, au son d'un brouet musical insipide. Pour ceux-ci, on ne saurait trop conseiller d'aller faire un tour du côté de l'Auditorium Stravinski. Elevé au gospel, star de la soul dans les années 70 et influence reconnue de Marvin Gaye, Al Green demeure à 53 ans l'un des artistes les plus influents du genre.

Dès Back Up Train, son premier disque enregistré avec les Soul Mates, Al Green impose un falsetto sensuel sur des orchestrations luxuriantes où des nappes de cordes le disputent au groove imparable de la section rythmique. Le succès ne se fait pas attendre. Al Green enchaîne les hits, dont les fameux «Call me» (1973) ou «Sha-la-la (Make Me Happy)» (1974). Mais l'ascension du chanteur est brutalement interrompue en 1974 par un fait divers sordide: sa compagne se suicide après avoir tenté de l'assassiner dans son bain. Interprétant l'incident comme un signe divin, Al Green fonde alors une Eglise, la Full Gospel Tabernacle.

La conversion d'Al Green marque le début d'une longue traversée du désert. Bien qu'il continue à enregistrer des disques à caractère exclusivement religieux, il lui faudra attendre 1988 et un duo avec Annie Lennox pour renouer avec le succès. Depuis, l'album Don't Look Back (1992) et une multitude de compilations ont permis à un nouveau public de découvrir ce soulman.

Auditorium Stravinski, mardi 13 juillet